PM55
Plume Mag 55 - Romain Gary
Plume N° 55 : sommaire, édito, extraits...
« frais de port offerts ». À travers ces pages, nous rendons hommage à un grand écrivain français, un prestidigitateur de l’écriture et de la vie, Romain Gary. Les biographes sont unanimes, ou presque, pour la première période de sa vie, de sa naissance à sa carrière de diplomate. Ils changent et varient par la suite, pour l’une des plus grandes aventures littéraires du XXe siècle.
À compter du 3 décembre 2010, le Musée des lettres et manuscrits expose des originaux des chefs-d’œuvre de Romain Gary, dont nous reproduisons ici les plus importants.
Cet homme est un mystère à plusieurs visages, l’approcher au plus près, un défi. Le seul chemin pour y parvenir est bien sûr d’aller au plus intime de ses manuscrits, authentiques et mystérieux. Pour la première fois en France, cette exposition exceptionnelle rassemble la plus importante collection d’écrits originaux de l’écrivain.
Traité avec une certaine condescendance par la critique de son vivant, mais lu et apprécié par un public fidèle et international qui fait un triomphe à ses livres, Romain Gary a vu un certain nombre d’entre eux portés au cinéma et au théâtre : Les Racines du ciel en 1958, réalisé par John Huston avec Errol Flynn, Juliette Gréco et Orson Welles, La Vie devant soi, Oscar du meilleur film étranger qui donne en 1977 un de ses plus grands rôles à Simone Signoret (César de la meilleure actrice), Clair de femme en 1979 réalisé par Costa-Gavras avec Yves Montand et Romy Schneider, Chien blanc, Les Enchanteurs, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, ou encore Les Oiseaux vont mourir au Pérou.
C’est sous le nom d’Émile Ajar (« braise » en russe) que Romain Gary (« brûle » en russe) va susciter le plus fameux tumulte littéraire du XXe siècle. Souffrant d’être incompris par une critique dont il veut mettre quelques préjugés à l’épreuve, il s’invente une nouvelle identité (parmi d’autres) et rédige plusieurs romans avec une créativité renouvelée : Gros-câlin (1974), La Vie devant soi (1975), Pseudo et L’Angoisse du Roi Salomon (1979).
Romain Gary demande à son petit-cousin Paul Pavlowitch d’assumer ce personnage auprès des médias, subterfuge et virtuosité qui feront de Romain Gary le seul auteur à obtenir deux fois le prix Goncourt : en 1956 pour Les Racines du ciel puis en 1975 pour La Vie devant soi. Cette farce tragique ne sera révélée qu’après sa mort dans un fascicule qu’il a intitulé Vie et Mort d’Émile Ajar, publié à titre posthume, avec cette dernière phrase en signe d’adieu et de clin d’œil : « je me suis bien amusé. Au revoir et merci ».
Jaloux de son indépendance, cet humaniste au style flamboyant s’est toujours tenu à l’écart des chapelles et des coteries littéraires.
Il s’est en revanche profondément engagé dans le siècle, et ses écrits portent la trace de ses combats les plus nobles. La Résistance est un mot-clé pour comprendre un auteur qui présente souvent des héros en lutte contre des puissances qui les dépassent. Son œuvre porte en filigrane la marque de son combat pour la Libération, à l’origine d’une fidélité jamais démentie au général de Gaulle qu’il rejoindra à Londres dès la première heure.
Il servira comme pilote de chasse dans les Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) plus particulièrement au sein du groupe de bombardement Lorraine aux côtés de Pierre Clostermann et de Pierre Mendès France. Pendant cette période, en 1943, il écrit pour la première fois sous le nom de Romain Gary, Éducation européenne qui reçoit le Prix des Critiques en 1945, avec une traduction en 27 langues. Il sera nommé Compagnon de la Libération le 20 novembre 1944.
Diplomate, voyageur, homme de lettres et séducteur, il est le grand illusionniste des lettres françaises. Sa revanche posthume et jubilatoire contre ceux qui sous-estimaient Romain Gary et portaient Émile Ajar aux nues, est celle de Janus, le dieu des portes, ouvertes dans ses temples en temps de guerre et fermées en temps de paix. Mais s’il est une guerre que Janus-Gary-Ajar a menée, c’est celle de l’humain contre la bêtise et, par son œuvre, de la vie contre la mort. Estimant qu’il avait passé la limite au-delà de laquelle son ticket n’était plus valable, il a prouvé par son dernier geste qu’il n’était pas besoin que l’arbre demeure sur pied pour que les racines montent pour toujours au ciel.
Romain Gary nous a quittés le 2 décembre 1980 à 66 ans, lui qui avait affirmé : « Je n’ai pas une seule goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines ».
Un grand merci et une amicale pensée à Alexandre Diego Gary qui a accepté de nous parler de lui et de son père dans une interview exclusive que vous allez découvrir.
À lire particulièrement dans ce numéro La Bastille ou « l’enfer des vivants », une exposition de la Bibliothèque de l’Arsenal (BnF) consacrée aux archives de la Bastille, ou encore ce superbe dossier « Il était une fois » qui vous entraînera dans le monde merveilleux des contes. Découvrez aussi « Nja Mahdaoui, le plasticien du signe » ainsi que l’analyse graphologique de Julien Gracq, sans oublier les Éditions Cheyne qui fêtent leurs trente ans et goûtez à la « cuisine des Goncourt » !
Gérard Lhéritier
Directeur de la publication
- Référence : PM55
- Prix TTC : 5,90 €
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