Edito

A la veille de la réouverture du Musée des Lettres et Manuscrits, au 222 boulevard Saint-Germain, dans un quartier historique voué depuis longtemps aux belles lettres et à l’esprit, réouverture que nous relaterons dans notre prochain numéro de Plume ainsi que dans un hors-série à paraître en avril, nous levons le voile ici sur un sujet sulfureux, celui des curiosa, ces livres licencieux le plus souvent vendus sous le manteau, qui ont de tout temps connu un certain succès, mais dont on parle si peu… et pour cause ! Pourtant, l’histoire du livre et des écrits regorge de cette littérature érotique : les quelque 2 000 livres, manuscrits, lettres et dessins de la collection Nordmann dont près de la moitié a été dispersée en 2006 par Christie’s Paris, témoignent à eux seuls de l’ampleur de cette production au fil des siècles… et de son succès jamais démenti ! Les quelque 5 millions d’euros collectés lors de cette vente, prouvent bien que le sexe continue à faire recette, y compris dans le domaine du livre ancien et de l’autographe.
Si d’autres écrits semblent susciter moins d’intérêt, ceux des alchimistes attirent de plus en plus l’attention des lecteurs, mais aussi des collectionneurs. Le phénomène Harry Potter n’est sans doute pas étranger à cet engouement relativement récent que notre collaborateur Patrice Zehr explore à la lumière des écrits et des récits qui nous sont parvenus.
Même regain d’intérêt pour les livres d’enfants que l’on redécouvre parfois au hasard sur les rayons oubliés d’une bibliothèque : Jean-Paul Gourévitch, universitaire et historien de la littérature de jeunesse, après avoir dressé un bilan des principaux fonds méconnus de ce riche patrimoine lance ici un appel aux lecteurs de Plume pour retrouver ces trésors enfouis au fond de nos greniers.
Bien d’autres écrits restent à découvrir, à commencer par ceux de nombreux inconnus : ceux-ci ont retenu l’attention de Jean-Pierre Guéno. Ce dernier a accordé à Plume un entretien aussi passionné qu’instructif : depuis une douzaine d’années, ce « passeur de mémoire » comme il se définit lui-même, traque les paroles écrites des Français ordinaires et les publie, mettant en lumière ces tranches de vie dans des ouvrages richement illustrés : Paroles de poilus, paru en 1999, fut ainsi le premier titre d’une longue série.
Les correspondances sont bien souvent riches d’enseignements surtout quand elles émanent de personnalités connues. Qu’ils soient écrivains, musiciens, artistes ou scientifiques, leurs auteurs nous livrent dans leurs lettres une partie de leur vie intime nous apportant ainsi un éclairage précieux sur leurs sentiments et leur pensée. Frédéric Chopin dont on célèbre cette année le 200e anniversaire de la naissance, est à l’honneur dans ce numéro avec deux articles. L’un sur l’exposition qui lui sera consacrée à la Cité de la musique à partir du 9 mars, Chopin à Paris, l’atelier du compositeur, exposition qui réunira, notamment, manuscrits, correspondances, partitions et éditions rares. L’autre sur l’étude d’une lettre écrite avec George Sand lors du premier séjour de Chopin à Nohant au cours de l’été 1839. Céline, dont la correspondance vient d’être à nouveau publiée dans la Bibliothèque de la Pléiade, se dévoile ici dans toute sa vérité et sa complexité : un rapide survol de ses échanges épistolaires vous est proposé dans la rubrique « Correspondances » à l’occasion de cette parution.
Bien d’autres découvertes vous attendent au fil de ces pages : des lettres de Nadar, l’écriture de Serge Gainsbourg, la maison d’Hemingway en Floride, … de quoi assouvir votre soif d’écrits en tous genres… en attendant le prochain numéro plein de surprises !

Pascal Fulacher - Rédacteur en chef

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