Edito

Nous voici déjà parvenus au numéro 50. Que de chemin parcouru depuis le premier numéro paru en 1994. Et que d’évolutions et de vicissitudes que notre magazine a vécues. Toute publication culturelle est aléatoire par nature. Plume n’échappe pas à la règle. C’est par la volonté d’un homme, Gérard Lhéritier, et de toute une équipe, que Plume a pu renaître voici trois ans, et poursuivre ainsi son combat en faveur du patrimoine écrit. Et vous avez été nombreux à soutenir notre action ! Merci à vous tous ! N’hésitez pas à parler de Plume autour de vous, à vos proches, à vos amis, à vos collègues… et à les encourager à le lire et à nous rejoindre.

N’hésitez pas non plus à nous écrire pour exprimer vos réactions, positives ou négatives, pourvu qu’elles soient constructives, et à nous faire des suggestions. Ainsi, nous efforcerons-nous de mieux répondre à vos attentes.
La chanson, les chanteurs, sont au programme de ce numéro. Quel rapport avec le patrimoine écrit, nous direz-vous ? Une chanson débute généralement par une musique ou par un texte. Dans tous les cas, un auteur écrit les paroles et laisse parfois derrière lui, le témoin de sa création. Ce fut par exemple le cas de Jacques Brel dont les manuscrits de quelques-unes de ses plus importantes chansons, comme Amsterdam ou Mathilde, furent dispersés l’an dernier à Paris chez Sotheby’s. Une matière riche et précieuse pour l’historien qui peut ainsi se replonger dans la démarche de l’auteur et analyser l’évolution de sa pensée à travers ses techniques d’écriture. Le dossier que nous vous proposons dans ce numéro vous dévoile le pan d’un patrimoine à la fois connu et méconnu. Un patrimoine qui suscite déjà beaucoup d’intérêt parmi les collectionneurs. Fabien Lecœuvre est un pionnier en la matière. Cet historien et chroniqueur de la chanson française, qui présente avec Patrick Sébastien « Les années Bonheur », collectionne depuis une trentaine d’années, outre des écrits de poètes et d’écrivains, des manuscrits de chansons, correspondances de chanteurs, photographies dédicacées de vedettes. Il a accordé à notre magazine, dont il est un fidèle lecteur, une interview exclusive sur sa passion de l’écrit.
Dans un tout autre registre, les manifestes d’André Breton retiendront notre attention cet automne au Musée des Lettres et Manuscrits : pour la première fois, en effet, les manuscrits des deux manifestes du surréalisme, celui de 1924 et celui de 1930, seront présentés au public. Des documents à la hauteur de l’événement puisque nous pourrons découvrir avec le Manifeste du surréalisme les cahiers d’écritures automatiques d’André Breton, véritable matrice du recueil Poisson soluble, dont on pourra observer aussi le manuscrit. Le manuscrit du Second Manifeste du surréalisme sera d’autre part présenté avec bien d’autres documents s’y rapportant.

L’étendue du patrimoine écrit est vaste, voire infini comme le montre le sommaire de ce numéro. La correspondance d’Hergé avec sa première femme nous révèle la personnalité attachante du père de Tintin. La maison d’Ivan Tourguéniev à Bougival nous fait pénétrer dans l’intimité du plus francophile  des  grands écrivains russes. Les tablettes en argile retrouvées dans les ruines d’une petite ville égyptienne, El Amarna, nous renseignent sur les pratiques diplomatiques, l’administration, les troubles politiques en Égypte au temps du pharaon Akhenaton. Les calligraphies artistiques de Roger Druet, véritables chorégraphies sur papier, nous ouvrent à d’autres univers, ceux de la création et du rêve. Dans le domaine de la physique, l’étude graphologique d’une lettre de Pierre Curie nous fait découvrir  un homme caustique et impatient tout autant que sensible et pudique. Preuve d’une bibliophilie vivante, les éditions des Cendres poursuivent leur aventure éditoriale depuis un quart de siècle en publiant des livres soignés dans la plus grande tradition de la typographie française.
Y-aurait-il eu une écriture avant l’écriture ? C’est l’objet de notre article sur les tablettes de Glozel.
Plume, une nouvelle fois, nous l’espérons, vous surprendra par la diversité des sujets abordés. Bonnes lectures !

Pascal Fulacher

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