La vraie fausse révélation du procès des Templiers

La vraie fausse révélation du procès des Templiers
Le Vatican a dernièrement mis en vente, sous forme de fac-similé, les « minutes » du procès des Templiers. Cette initiative est révélatrice de la volonté de l’Église de lutter contre une image par trop inquisitoire et contre les ravages d’une certaine littérature mélangeant histoire et fantasmes.

En ce qui concerne ces Templiers, force est de constater que la connaissance ordinaire de leur fin se limite à la lecture du livre admirable ou aux feuilletons télévisés des « Rois maudits » de Maurice Druon. Un ordre militaire et religieux fondé pour protéger les pèlerins sur le chemin de Jérusalem au temps des Croisades. Un ordre injustement accusé des pires horreurs et persécuté puis condamné par Philippe Le Bel, avec la complicité active du pape Clément VI créature du terrible roi de France.
C’est en réponse à cette version romancée de l’histoire qui s’est imposée à l’opinion, comme celle de Richelieu l’a été par « les trois mousquetaires », que le Vatican a entendu répondre par des documents écrits irréfutables. Les « Archives secrètes du Vatican » (ça fait rêver) et la maison d'édition Scrinium ont présenté en grande pompe le Processus contra Templarios : une luxueuse publication en autographie des actes du procès de ces chevaliers et religieux pas comme les autres…
Les Templiers étaient devenus un État dans l'État et une Église dans l'Église. Mais après 1291 et la reconquête de la Terre sainte par les musulmans, retirés dans leurs possessions européennes, les Templiers attirèrent l'hostilité, en particulier celle du roi de France toujours à court d’argent. Il était également question d’affirmer l'hégémonie de la couronne sur la papauté. Ce combat sans merci est passé par l'élimination des Templiers qui dépendaient exclusivement de Rome. À partir de 1307, l'ordre fut donc poursuivi. Jacques de Molay, son dernier grand maître, fut arrêté avec ses compagnons. Torturés, ils avouèrent des crimes abominables : l'adoration d'une idole nommée Baphomet (on y vit un code vis-à-vis du Mahomet de l’Islam), sacrilèges, pratiques sodomites. Jacques de Molay finit sur le bûcher en 1314. Sans jugement ni condamnation, le pape sacrifia les Templiers sur l'autel de la politique. Il abandonna sa protection, et son silence valut consentement.

La réalité était donc toute autre et connue, paraît-il, depuis plusieurs années. Il y a sept ans, Barbara Frale, attachée aux Archives secrètes, a exhumé l’original des interrogatoires conduits en 1308, à Chinon, par trois cardinaux envoyés par le pape. On apprend que les Templiers emprisonnés leur avouèrent avoir « craché à côté » du crucifix et avoir renié le Christ verbalement « mais pas de coeur ». Repentis, ils furent absous et auraient dû être libérés ! Mais les temps étaient mauvais pour la papauté et il fallut accepter la vérité du roi... En 1314, les trois cardinaux, après avoir entendu à nouveau les accusés, les condamnèrent à la prison à vie. Ces derniers se rebiffèrent et, considérés comme relaps, furent conduits au bûcher. Les historiens le savaient, mais pas le grand public. On s’étonne tout de même d’un tel silence sur un sujet justement qui passionne le grand public, cela ne leur ressemble pas, cela sera donc considéré comme suspect.

Cette médiatisation d’une vérité confidentielle a relancé toutes les rumeurs sur les écrits maudits des bibliothèques du Vatican surtout que récemment le pape a cru bon d’y faire un tour. C’est le 13 août 2007 que Benoît XVI a rendu visite à la bibliothèque apostolique vaticane et aux Archives secrètes du Vatican. Il n’avait pas pu, semble-til, y accéder du temps de Jean-Paul II. D’autres manuscrits du même type y dorment sans doute encore...

Patrice Zehr