Bibliothèque nationale irakienne une balise d’espoir

Bibliothèque nationale irakienne une balise d’espoir
Des institutions culturelles phares de l’Irak, la bibliothèque nationale est celle qui, apparemment, renaît la première de ses cendres. Elle fonctionne presque normalement, voire mieux qu’avant. Bien mieux en tout cas que le fameux musée national de Bagdad dont les officiels irakiens ont plusieurs fois annoncé la réouverture, sans suite.

Lors de la chute de Bagdad en avril 2003, la Bibliothèque a été incendiée et pillée. Furent irrémédiablement perdus : 60 % des collections d’archives (documents, cartes, photographies), 95 % des livres rares et 25 % de l’ensemble des collections de livres. Des destructions par incendie, mais aussi des vols. L’institution, dont le pays est six fois millénaire, abritait les archives des ministères de l’époque ottomane irakienne, du mandat britannique, de la monarchie hachémite et de la république arabe.
Depuis sa nomination, en décembre 2003, à la tête de la bibliothèque nationale, Saadr Eskander, un Irakien d’origine kurde exilé à Londres avant la chute du régime, a mis toute son énergie en vue de reconstruire un lieu d’études. Il fit le pari de rouvrir la salle de lecture six mois après sa prise de fonction, même s’il s’agissait, à l’époque, de ne recevoir parfois qu’un seul lecteur par jour ! Car après la chute de Bagdad viennent les mois (et les années) de chaos irakiens : guerre civile et interconfessionnelle, assassinats de membres du personnel de la bibliothèque, pressions de toutes parts sur l’institution. Mais, à force de ténacité, le bâtiment a été reconstruit, rénové et informatisé avec l’aide du Japon, de l’Italie, de la République tchèque (pas la France, dommage) et d’institutions comme la British Library. Une salle de restauration des documents a même été créée. Sous le régime de Saddam Hussein, la bibliothèque employait 90 personnes, actuellement 400 !

La renaissance de cette institution est un enjeu culturel, mais aussi politique. À lire les propos de son directeur qui est parvenu à stabiliser un lieu à l’abri du sectarisme et qui milite ardemment pour l’ouverture du patrimoine national à tous les Irakiens (ce qui était loin d’être le cas sous Hussein), c’est une nouvelle page de l’histoire de l’Irak qui tente de s’écrire.
Dans tous les pays en guerre, les trésors culturels deviennent vite la cible de vandales et l’objet de trafics. Concernant les archives, des déplacements en lieux sécurisés ont bien été effectués entre plusieurs sites. Par contre, il semblerait que les forces d’occupation en Irak se soient servies dans des fonds contemporains d’archives pour mieux comprendre le fonctionnement du régime baasiste. Si tel a été le cas, leur restitution sera à suivre de près.

Christophe Dorny