Québec : parchemins et arpents de neige
La découverte du Nouveau Monde a eu des répercussions terribles pour tous les peuples précolombiens. C’est vrai de l’Amérique latine avec les Aztèques, Mayas et autres Incas, c’est vrai des peuples de l’Amérique du nord, les États-Unis d’aujourd’hui, avec les Sioux, Navajos Apaches Séminoles et tant d’autres. Mais c’est vrai aussi des nations indiennes du Canada.
Leur histoire, moins connue, nous concerne cependant directement car elle a été très largement influencée par les rivalités franco-britanniques. Les Hurons qui sont l’objet de cet article ont particulièrement souffert d’avoir choisi le camp du Lys et de la Nouvelle-France contre les Iroquois alliés des Anglais. Quelques arpents de neige, avait ironisé à tort Voltaire, mal inspiré, mais des arpents d’espoir, de souffrance et maintenant de mémoire.
ALLIÉS AUX JÉSUITES
Lors de la première visite de Jacques Cartier (en 1534), les Hurons sont en guerre contre les Iroquois. Les deux nations se disputent le contrôle du commerce de la fourrure et du tabac dans la vallée de l’Ohio et le long du Mississipi. La situation s’envenime avec l’apport des armes à feu par les Européens. Bientôt, la guerre que se livrent les Anglais et les Français se superpose à celle des Iroquois et des Hurons, ajoutant ainsi à la violence des hostilités. À partir de 1649, les Hurons subissent de sérieuses défaites et de nombreuses pertes en vies humaines qui s’ajouteront à celles subies par les maladies contagieuses dues aux contacts avec les Européens. Ils quittent définitivement la Huronnie avec une délégation de missionnaires jésuites pour se réfugier au Québec. Mais toujours poursuivis par les Iroquois qui les relancent jusqu’à leur dernier retranchement. Les Hurons-Wendat se déplaceront successivement à sept emplacements différents, notamment sur des terres qui leur seront concédées, avant de se fixer de façon permanente dans la réserve indienne de Wendake (Village-des-Hurons) près de Québec en 1697.
Ces tribus indiennes alliées ont signé avec les Jésuites des traités leur accordant des terres, traités jamais respectés jusqu’à ce jour, d’autant plus que les documents originaux avaient disparu. Ce qui est donc extraordinaire, c’est que Le Journal de Montréal a retrouvé les parchemins originaux et que les Hurons sont maintenant en mesure de revendiquer leurs arpents perdus et peut-être même une grande partie de la capitale de la Belle Province, Québec.
100 KM2 AU COEUR DE LA VILLE DE QUÉBEC
Il s’agit de six documents anciens recherchés depuis plusieurs années par les autochtones qui leur per mettent aujourd’hui de revendiquer 100 km2 au coeur de la capitale du Québec et sa banlieue. Le territoire en question couvre 5 km de front en bordure du fleuve, à l’ouest du Parlement de Québec, par 20 km de profondeur jusqu’aux environs de Valcartier. Autrefois appelé « la Seigneurie de Sillery », ce vaste espace englobe une grande partie de Sainte-Foy, Sillery, Loretteville et Vanier.
La découverte des documents originaux, indiscutables, change tout. Et comme par hasard le comité des fêtes du 400e anniversaire du Québec en 2008 a choisi d’inviter les Hurons en tant que « nation hôte ».
Disparus depuis 1824, ces manuscrits se trouvent présentement entre les mains d’un collectionneur qui a souhaité conserver l’anonymat par peur d’éventuelles représailles judiciaires. Même si les documents peuvent laisser croire que les Hurons sont propriétaires d’un territoire qui vaut des millions, les résidants qui y vivent aujourd’hui ne doivent pas craindre de perdre leur maison. Les compensations sont financières et excluent toute expropriation.
40 ARPENTS CÉDÉS AUX HURONS EN 1794
Les six documents en question ont été rédigés entre les années 1769 et 1807. On y retrouve notamment un intitulé « Concession par lettres. Révérend Giraud aux Hurons de la jeune Loret », daté de septembre 1792. Giraud étant le dernier missionnaire jésuite. On perd leur trace en 1824 lors d’audiences parlementaires de revendications territoriales. On les croit même réduits en cendres lors de l’incendie du Parlement à Montréal quelque vingt-cinq ans plus tard. Mais n’ayant jamais cessé de les chercher, les Hurons-Wendats les localisent dans un ensemble qui ne compte pas moins de 220 documents, lettres, cartes, etc., des XVIIIe, XIXe et XXe siècles regroupés sous le nom de « Fonds Paul Picard » et, pour la plupart, propriété de la défunte Yvette Brunelle, de Loretteville.
Cet ensemble disparaît en 1993 sous le nez des Hurons. C’est ce qu’a appris Le Journal de Montréal d’une source bien au fait de cette saga. Il faudra attendre 1996 pour que ces écrits fassent à nouveau parler d’eux. Cette année-là, le Conseil de bande (assemblée ethnique) de la nation huronne-wendate poursuit la succession d’une femme de Loretteville.
Les héritiers sont sommés de rendre aux autochtones ces 220 documents du « Fonds Paul Picard », actuellement dans les mains du collectionneur retrouvé par le Journal de Montréal. En effet, selon le testament de la défunte, ces écrits devaient être vendus ou donnés aux Hurons. Mais la volonté n’a jamais été réalisée, faute d’un accord entre les parties concernées. Entre-temps, ces six précieux documents se sont baladés entre les mains de libraires et collectionneurs avant de disparaître. Jusqu’en Europe… a-t-on dit.
UN DÉBUT DE COMPENSATION
Les Hurons ont-ils une chance de gagner le « dossier de Sillery » ? Ils préparent actuellement leur dossier de revendication. Un travail de recherche historique qui s’avère difficile puisque le rapport aurait dû être remis en mars 2006. Parallèlement, selon un accord conclu entre les Hurons et le gouvernement canadien en 2000, « la Bande dispose d’un délai de vingt ans [...] pour demander l’ajout de terre de réserves jusqu’à concurrence de 1 352 acres » aux limites de leur réserve et de Loretteville en guise de compensation. Ils empochent de plus la somme de 12 millions de dollars nécessaire pour réaliser ces acquisitions. Ils ont récemment obtenu gain de cause pour un autre territoire, toujours à Québec, et connu autrefois sous le nom de réserve des «quarante arpents ». En juin dernier, les Hurons et la bouillante mairesse de Québec ont fini par fumer le calumet de la paix. Les autochtones ont ainsi pu récupérer un premier lot de 200 acres inhabité à Loretteville. Ils comptent y construire un musée-hôtel de 15 millions que l’on espère voir ouvrir pour les fêtes du 400e anniversaire du Québec en 2008. Ces « quarante arpents » avaient été cédés aux Hurons par les Jésuites en 1794.
Leur histoire, moins connue, nous concerne cependant directement car elle a été très largement influencée par les rivalités franco-britanniques. Les Hurons qui sont l’objet de cet article ont particulièrement souffert d’avoir choisi le camp du Lys et de la Nouvelle-France contre les Iroquois alliés des Anglais. Quelques arpents de neige, avait ironisé à tort Voltaire, mal inspiré, mais des arpents d’espoir, de souffrance et maintenant de mémoire.
ALLIÉS AUX JÉSUITES
Lors de la première visite de Jacques Cartier (en 1534), les Hurons sont en guerre contre les Iroquois. Les deux nations se disputent le contrôle du commerce de la fourrure et du tabac dans la vallée de l’Ohio et le long du Mississipi. La situation s’envenime avec l’apport des armes à feu par les Européens. Bientôt, la guerre que se livrent les Anglais et les Français se superpose à celle des Iroquois et des Hurons, ajoutant ainsi à la violence des hostilités. À partir de 1649, les Hurons subissent de sérieuses défaites et de nombreuses pertes en vies humaines qui s’ajouteront à celles subies par les maladies contagieuses dues aux contacts avec les Européens. Ils quittent définitivement la Huronnie avec une délégation de missionnaires jésuites pour se réfugier au Québec. Mais toujours poursuivis par les Iroquois qui les relancent jusqu’à leur dernier retranchement. Les Hurons-Wendat se déplaceront successivement à sept emplacements différents, notamment sur des terres qui leur seront concédées, avant de se fixer de façon permanente dans la réserve indienne de Wendake (Village-des-Hurons) près de Québec en 1697.
Ces tribus indiennes alliées ont signé avec les Jésuites des traités leur accordant des terres, traités jamais respectés jusqu’à ce jour, d’autant plus que les documents originaux avaient disparu. Ce qui est donc extraordinaire, c’est que Le Journal de Montréal a retrouvé les parchemins originaux et que les Hurons sont maintenant en mesure de revendiquer leurs arpents perdus et peut-être même une grande partie de la capitale de la Belle Province, Québec.
100 KM2 AU COEUR DE LA VILLE DE QUÉBEC
Il s’agit de six documents anciens recherchés depuis plusieurs années par les autochtones qui leur per mettent aujourd’hui de revendiquer 100 km2 au coeur de la capitale du Québec et sa banlieue. Le territoire en question couvre 5 km de front en bordure du fleuve, à l’ouest du Parlement de Québec, par 20 km de profondeur jusqu’aux environs de Valcartier. Autrefois appelé « la Seigneurie de Sillery », ce vaste espace englobe une grande partie de Sainte-Foy, Sillery, Loretteville et Vanier.
La découverte des documents originaux, indiscutables, change tout. Et comme par hasard le comité des fêtes du 400e anniversaire du Québec en 2008 a choisi d’inviter les Hurons en tant que « nation hôte ».
Disparus depuis 1824, ces manuscrits se trouvent présentement entre les mains d’un collectionneur qui a souhaité conserver l’anonymat par peur d’éventuelles représailles judiciaires. Même si les documents peuvent laisser croire que les Hurons sont propriétaires d’un territoire qui vaut des millions, les résidants qui y vivent aujourd’hui ne doivent pas craindre de perdre leur maison. Les compensations sont financières et excluent toute expropriation.
40 ARPENTS CÉDÉS AUX HURONS EN 1794
Les six documents en question ont été rédigés entre les années 1769 et 1807. On y retrouve notamment un intitulé « Concession par lettres. Révérend Giraud aux Hurons de la jeune Loret », daté de septembre 1792. Giraud étant le dernier missionnaire jésuite. On perd leur trace en 1824 lors d’audiences parlementaires de revendications territoriales. On les croit même réduits en cendres lors de l’incendie du Parlement à Montréal quelque vingt-cinq ans plus tard. Mais n’ayant jamais cessé de les chercher, les Hurons-Wendats les localisent dans un ensemble qui ne compte pas moins de 220 documents, lettres, cartes, etc., des XVIIIe, XIXe et XXe siècles regroupés sous le nom de « Fonds Paul Picard » et, pour la plupart, propriété de la défunte Yvette Brunelle, de Loretteville.
Cet ensemble disparaît en 1993 sous le nez des Hurons. C’est ce qu’a appris Le Journal de Montréal d’une source bien au fait de cette saga. Il faudra attendre 1996 pour que ces écrits fassent à nouveau parler d’eux. Cette année-là, le Conseil de bande (assemblée ethnique) de la nation huronne-wendate poursuit la succession d’une femme de Loretteville.
Les héritiers sont sommés de rendre aux autochtones ces 220 documents du « Fonds Paul Picard », actuellement dans les mains du collectionneur retrouvé par le Journal de Montréal. En effet, selon le testament de la défunte, ces écrits devaient être vendus ou donnés aux Hurons. Mais la volonté n’a jamais été réalisée, faute d’un accord entre les parties concernées. Entre-temps, ces six précieux documents se sont baladés entre les mains de libraires et collectionneurs avant de disparaître. Jusqu’en Europe… a-t-on dit.
UN DÉBUT DE COMPENSATION
Les Hurons ont-ils une chance de gagner le « dossier de Sillery » ? Ils préparent actuellement leur dossier de revendication. Un travail de recherche historique qui s’avère difficile puisque le rapport aurait dû être remis en mars 2006. Parallèlement, selon un accord conclu entre les Hurons et le gouvernement canadien en 2000, « la Bande dispose d’un délai de vingt ans [...] pour demander l’ajout de terre de réserves jusqu’à concurrence de 1 352 acres » aux limites de leur réserve et de Loretteville en guise de compensation. Ils empochent de plus la somme de 12 millions de dollars nécessaire pour réaliser ces acquisitions. Ils ont récemment obtenu gain de cause pour un autre territoire, toujours à Québec, et connu autrefois sous le nom de réserve des «quarante arpents ». En juin dernier, les Hurons et la bouillante mairesse de Québec ont fini par fumer le calumet de la paix. Les autochtones ont ainsi pu récupérer un premier lot de 200 acres inhabité à Loretteville. Ils comptent y construire un musée-hôtel de 15 millions que l’on espère voir ouvrir pour les fêtes du 400e anniversaire du Québec en 2008. Ces « quarante arpents » avaient été cédés aux Hurons par les Jésuites en 1794.
Patrice Zehr