Il faut sauver les manuscrits de Tombouctou
La préservation de la longue mémoire écrite de l’humanité est devenue une priorité culturelle mondiale. Un élan international est en cours pour sauver une merveille de l’islam africain : la bibliothèque et les manuscrits de Tombouctou.
Tombouctou, qui a récemment perdu la bataille pour figurer parmi les « sept nouvelles merveilles du monde » est considérée comme une cité de référence dans le monde musulman. Située dans le nord Mali, cette ville fut pendant plusieurs siècles un lieu de rencontres et de brassages entre civilisations et une sorte de capitale du savoir et de la culture islamiques.
Cependant, préserver la mémoire écrite demande de l’argent. L’Arabie Saoudite y a contribué récemment. Le riche royaume, gardien des lieux saints, de La Mecque et de Médine, est en pointe dans la lutte pour la préservation de la culture islamique, ce qui n’a rien à voir bien sûr avec un prosélytisme parfois radical qui, lui, est l’objet de vives controverses. Ainsi, l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba, de la ville de Tombouctou, vient de recevoir un don de 305 000 dollars destiné à la sauvegarde et à la restauration des manuscrits de Tombouctou. Une des fonctions principales de l’Institut Ahmed Baba « est de récupérer les manuscrits détenus depuis des générations par les familles tombouctiennes et les acquéreurs étrangers, en les rachetant à ces derniers », précise son directeur, Mohamed Galla Dicko, qui souligne que grâce à ce don, les manuscrits pourront être « restaurés, numérisés puis archivés ».
Fondée donc vers le XIe siècle par les Touaregs, la ville apparaît dans l’histoire au XIVe siècle comme lieu d’échanges commerciaux entre la zone du Sahel africain et le Maghreb. C’est également l’époque où certains empires de l’Afrique sahélienne se convertissent à l’islam. Le XVe siècle voit Tombouctou devenir une capitale de la culture, elle compte alors pas moins de 100 000 habitants ! (30 000 aujourd’hui), dont 25 000 étudiants qui fréquentent l’université islamique de Sankoré désormais transformée en mosquée. Toutes les grandes conférences de savants musulmans étaient retranscrites par des copistes. Au fil des siècles, un précieux corpus philosophique, juridique et religieux s’est ainsi constitué.
80 000 MANUSCRITS DANS LES GRENIERS…
À Tombouctou, la progressive découverte de vieux manuscrits, dont certains remontent au XIIe siècle, est en passe de devenir un enjeu historique pour toute l’Afrique. Plus de 15 000 documents ont déjà été exhumés et répertoriés sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) ; 80 000 autres dorment encore quelque part dans des malles ou au fond des greniers de la ville mythique. Ces précieux écrits qui firent la gloire de la vallée du fleuve Niger entre le XIIIe et le XIXe siècle sont menacés de décomposition et de pillage par des trafiquants. Ainsi, en plein coeur de Tombouctou, au centre de documentation et de recherches Ahmed Baba, créé par le gouvernement malien à l’initiative de l’Unesco en 1970, se joue une grande partie de la conscience historique de l’Afrique. Car la plupart de ces mystérieux manuscrits appartiennent à des personnes privées. Parviendra-t-on à sauver les précieux manuscrits de Tombouctou ? Pour préserver ce fabuleux patrimoine, 4,5 millions d’euros sont nécessaires. Une somme soixante fois inférieure, peut-on cependant faire remarquer, à l’augmentation de capital qu’a demandé Disneyland Paris à ses actionnaires pour renflouer son parc d’attractions…
Patrice Zehr
L’AXE LYON-TOMBOUCTOU
Depuis vingt ans la région Rhône-Alpes a entrepris une politique active de coopération avec Tombouctou. Un partenariat avec une école d’ingénieurs renommée, l’Institut national des sciences appliquées de Lyon (Insa), a permis de lancer un important projet destiné à numériser 50 000 manuscrits de Tombouctou. Si cette numérisation permet de sauvegarder l’objet physique manuscrit, elle servira également à étudier à nouveau son contenu : Tombouctou doit redevenir une capitale du savoir. L’originalité de la démarche est de s’inscrire, en étroite coopération avec les autorités locales, dans une optique globale de développement prenant assise sur les manuscrits, les métiers et des savoir-faire avec la création d’un centre d’études supérieures de l’écrit et des arts graphiques, un musée, des ateliers de copie…, bref développer un tourisme culturel. Un premier bilan de l’opération sera rendu public au début de l’année 2008.
Institut national des sciences appliquées de Lyon - 20, avenue Albert Einstein 69621 Villeurbanne cedex - www.insa-Lyon.fr
Tombouctou, qui a récemment perdu la bataille pour figurer parmi les « sept nouvelles merveilles du monde » est considérée comme une cité de référence dans le monde musulman. Située dans le nord Mali, cette ville fut pendant plusieurs siècles un lieu de rencontres et de brassages entre civilisations et une sorte de capitale du savoir et de la culture islamiques.
Cependant, préserver la mémoire écrite demande de l’argent. L’Arabie Saoudite y a contribué récemment. Le riche royaume, gardien des lieux saints, de La Mecque et de Médine, est en pointe dans la lutte pour la préservation de la culture islamique, ce qui n’a rien à voir bien sûr avec un prosélytisme parfois radical qui, lui, est l’objet de vives controverses. Ainsi, l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba, de la ville de Tombouctou, vient de recevoir un don de 305 000 dollars destiné à la sauvegarde et à la restauration des manuscrits de Tombouctou. Une des fonctions principales de l’Institut Ahmed Baba « est de récupérer les manuscrits détenus depuis des générations par les familles tombouctiennes et les acquéreurs étrangers, en les rachetant à ces derniers », précise son directeur, Mohamed Galla Dicko, qui souligne que grâce à ce don, les manuscrits pourront être « restaurés, numérisés puis archivés ».
Fondée donc vers le XIe siècle par les Touaregs, la ville apparaît dans l’histoire au XIVe siècle comme lieu d’échanges commerciaux entre la zone du Sahel africain et le Maghreb. C’est également l’époque où certains empires de l’Afrique sahélienne se convertissent à l’islam. Le XVe siècle voit Tombouctou devenir une capitale de la culture, elle compte alors pas moins de 100 000 habitants ! (30 000 aujourd’hui), dont 25 000 étudiants qui fréquentent l’université islamique de Sankoré désormais transformée en mosquée. Toutes les grandes conférences de savants musulmans étaient retranscrites par des copistes. Au fil des siècles, un précieux corpus philosophique, juridique et religieux s’est ainsi constitué.
80 000 MANUSCRITS DANS LES GRENIERS…
À Tombouctou, la progressive découverte de vieux manuscrits, dont certains remontent au XIIe siècle, est en passe de devenir un enjeu historique pour toute l’Afrique. Plus de 15 000 documents ont déjà été exhumés et répertoriés sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) ; 80 000 autres dorment encore quelque part dans des malles ou au fond des greniers de la ville mythique. Ces précieux écrits qui firent la gloire de la vallée du fleuve Niger entre le XIIIe et le XIXe siècle sont menacés de décomposition et de pillage par des trafiquants. Ainsi, en plein coeur de Tombouctou, au centre de documentation et de recherches Ahmed Baba, créé par le gouvernement malien à l’initiative de l’Unesco en 1970, se joue une grande partie de la conscience historique de l’Afrique. Car la plupart de ces mystérieux manuscrits appartiennent à des personnes privées. Parviendra-t-on à sauver les précieux manuscrits de Tombouctou ? Pour préserver ce fabuleux patrimoine, 4,5 millions d’euros sont nécessaires. Une somme soixante fois inférieure, peut-on cependant faire remarquer, à l’augmentation de capital qu’a demandé Disneyland Paris à ses actionnaires pour renflouer son parc d’attractions…
Patrice Zehr
L’AXE LYON-TOMBOUCTOU
Depuis vingt ans la région Rhône-Alpes a entrepris une politique active de coopération avec Tombouctou. Un partenariat avec une école d’ingénieurs renommée, l’Institut national des sciences appliquées de Lyon (Insa), a permis de lancer un important projet destiné à numériser 50 000 manuscrits de Tombouctou. Si cette numérisation permet de sauvegarder l’objet physique manuscrit, elle servira également à étudier à nouveau son contenu : Tombouctou doit redevenir une capitale du savoir. L’originalité de la démarche est de s’inscrire, en étroite coopération avec les autorités locales, dans une optique globale de développement prenant assise sur les manuscrits, les métiers et des savoir-faire avec la création d’un centre d’études supérieures de l’écrit et des arts graphiques, un musée, des ateliers de copie…, bref développer un tourisme culturel. Un premier bilan de l’opération sera rendu public au début de l’année 2008.
Institut national des sciences appliquées de Lyon - 20, avenue Albert Einstein 69621 Villeurbanne cedex - www.insa-Lyon.fr