Plus qu’une saison avec Rimbaud
Rimbaud était une personne hors du commun. Il se sentait responsable de tous les hommes et voulait changer la vie, la société. Contrairement à un poète classique, il utilisait la poésie comme un outil pour transformer le monde. Quand il comprend qu’il n’y arrivera pas, il abandonnera même l’écriture. Il s’était imposé une vraie mission et voulait devenir un héros. Parallèlement, la société voulait une icône et s’est emparée de Rimbaud. Les mots de l’écrivain touchent un public très large et déclenchent les passions. « Les gens l’ont choisi pour sa lumière, sa liberté et ses rêves extraordinaires d’adolescent », nous explique Claude Jeancolas, commissaire de l’exposition, qui a déjà publié dix-sept ouvrages sur le poète. L’exposition Rimbaudmania, l’éternité d’une icône, présentée à la Galerie des bibliothèques Ville de Paris jusqu’au 1er août, vise à démontrer que le poète est omniprésent dans notre culture contemporaine, en France mais aussi dans le monde. L’exposition s’ouvre par le cœur de Rimbaud : ses manuscrits écrits entre 17 et 19 ans. « C’est ce que j’ai touché de plus émouvant dans ma vie », nous confie Claude Jeancolas. La plupart des manuscrits de Rimbaud ayant disparu, les neufs documents présentés aujourd’hui sont d’autant plus exceptionnels. Huit sont de Rimbaud, avec notamment la lettre dite « du voyant » exposée pour la première fois, les poèmes-manuscrits Voyelles, Enfance IV et V (Illuminations) et une magnifique lettre d’amour à Verlaine.
La salle suivante, intitulée une langue qui parle à chacun en sa langue, montre à quel point l’œuvre de l’écrivain touche tous les pays. On y découvre ses livres publiés dans plus de trente langues différentes, dont le chinois, le russe, l’islandais, le tamoul et même le braille. Le poète est universel et chacun le lit à sa manière, avec ses codes. Que ce soient les peintres (Léger, Mirò, Germaine Richier, Ernst), les chanteurs (Léo Ferré, Jean-Louis Aubert) ou les acteurs (Yves Montand), les artistes aussi se sont appropriés l’œuvre de Rimbaud et l’ont interprétée et illustrée avec leurs visions. Des lithographies, des aquarelles, des gravures et des pochettes de disque immortalisent cette possession. Outre son œuvre, l’homme fascine aussi. Il osait dire que « la vie est une farce à mener par tous ». Aucun poète n’engendre une telle profusion de portraits : il passe sous les pinceaux de Picasso, Cocteau, Giacometti… La bande dessinée le prend aussi pour héros de nombreuses aventures et il fait la Une de nombreux journaux et magazines. Au fil des salles suivantes, on retrouve cette conquête de l’homme et de son œuvre à travers la musique, la danse, l’opéra, la littérature, le cinéma, le théâtre, la mode, le street-art et les produits dérivés. La publicité détourne aussi ses mots et ses phrases à des fins mercantiles. Enfin avec 2 400 000 références sur Google, 160 000 sur Google images et 2 710 vidéos, l’explosion multimédia nourrit considérablement la Rimbaudmania. Mais quelle que soit la forme d’utilisation de Rimbaud et de ses écrits, cela « entraîne un désir de lire ses livres et c’est le plus important » conclut Claude Jeancolas. Cette exposition est donc loin d’être abracadabrantesque et mérite le détour.
Christel Pigeon
Rimbaudmania, l’éternité d’une icône
Jusqu’au 1er août
Galerie des bibliothèques Ville de Paris
22, rue Malher - 75004 Paris
www.paris.fr
Le catalogue est co-édité par Paris-Bibliothèques et Textuel, 300 p., 39 €.
L’exposition sera ensuite présentée au musée Arthur Rimbaud et à la médiathèque Voyelles de Charleville-Mézières du 18 septembre au 5 décembre 2010.