Il y a vingt ans : les archives de la Stasi

Il y a vingt ans : les archives de la Stasi

Ce fonds d’archives, l’un des plus importants de l’Allemagne, fut trouvé le 15 janvier 1990, deux mois après la chute du mur de Berlin, dans l’immense complexe administratif de Normannenstrasse, siège de la sécurité de la RDA : la Stasi. Rappel des faits. Créée en 1950, la Stasi a pour principale mission de traquer les opposants au régime communiste. Avec 91 000 salariés et 174 200 informateurs non officiels, cette police politique avait placé sous surveillance 4 millions d’Allemands de l’Est et 2 millions d’étrangers. À partir de novembre 1989, Mielke, qui dirigeait la Stasi n’a plus qu’une seule priorité : détruire les dossiers les plus sensibles. Certains furent transférés à Moscou, d’autres brûlés, passés à la broyeuse ou encore déchirés. Par chance, de nombreux dossiers échappèrent à la destruction dont 600 millions de bouts de papier déchiquetés et stockés dans 16 250 sacs. Grâce à un logiciel spécial de reconstitution des documents, près de 600 sacs ont été traités depuis 2007. Les premières lectures de ces documents sont très instructives, comme le montre l’ouvrage du journaliste Jean-Paul Picaper, qui vient de paraître, après des années d’enquêtes : Berlin-Stasi (Éd. Syrtes).

On y découvre toute l’importance des missions d’infiltration et de manipulation de la gauche et de l’extrême gauche européenne, de même que le plan d’invasion de Berlin-Ouest, très abouti, et les dossiers des personnes surveillées qui aujourd’hui peuvent consulter leurs fiches. Un million et demi ont déjà consulté leur dossier et plus de trois millions de demandes sont en attente. Beaucoup trouvent ainsi des réponses à leurs questions. Les archives ont révélé que l’actrice Romy Schneider, qui militait pour la libération des prisonniers est-allemands, était fichée tout comme le prix Nobel de littérature, Günter Grass, espionné à chacun de ses séjours en RDA et dont la police a consigné tous les faits et gestes. L’éditeur berlinois Christoph Links Verlag publie ce mois-ci Günter Grass en ligne de mire : les archives de la Stasi, un livre dont l’élaboration a demandé la consultation de plus de 2 200 documents. Les archives de la Stasi n’ont pas fini de livrer leurs secrets. L’édifice se visite aujourd’hui. Pour plus de renseignements : www.stasi-museum.de

Cécile Enjelvin