Le recyclage selon Dali
Rares sont les expositions consacrées à Dali en Europe : les deux dernières remontent à 2005 (« Dallibres », Barcelone) et 1982 (« Dali et les livres », Nîmes). Eu égard à la notoriété et au génie de l’artiste, ceci peut paraître paradoxal. Son nom n’a-t-il pas été par trop galvaudé ? Ne dérange-t-il pas quelque peu par son tempérament fantasque et sa créativité fougueuse ? Il faut reconnaître que l’artiste n’a pas toujours été facile à cerner.
À son retour en France à la fin des années 40, il entame une nouvelle étape qu’il appela son mysticisme nucléaire fondé sur des thèmes religieux et en rapport avec les découvertes scientifiques de l’époque (fusion et fission nucléaires, bombe atomique, ADN) (1). Tentant de tourner le dos ainsi à sa période surréaliste des années 30, il se lance dans une nouvelle technique, très gestuelle, et renoue avec une pratique de l’illustration initiée par les surréalistes (Max Ernst entre autres), celle du détournement de planches encyclopédiques ou de gravures de livres populaires du XIXe siècle, qui doit beaucoup chez Dali au Petit Larousse illustré, véritable nouveauté éditoriale. « C’est en ce sens qu’il y a recyclage » estime Frédérique Joseph-Lowery, commissaire de l’exposition avec Fabienne Dorey. « Dali recycle avec une technique nouvelle, inspirée de l’art expressionniste abstrait, une pratique profondément surréaliste […] Mais surtout, ce que Dali recycle, c’est le monde, qu’il travaille et déconstruit pour en faire un autre, qu’il appelle sa cosmogonie ». Son recueil Flordali (Surrealist flowers) ou bien encore son « retouchage » des 80 gravures de Goya, en témoignent.
Qu’il illustre les textes de grands écrivains comme Shakespeare, Dante et Cervantes, ou des textes importants de notre patrimoine (la Bible, Tristan et Yseult), il ne cesse de recycler.
Ainsi dans Don Quichotte et l’Apocalypse, il se réapproprie des courants artistiques comme le op art (art optique), le pop art ou l’hyperréalisme. L’intérêt de cette exposition réside dans la période historique choisie qui nous montre un Dali moins connu que le peintre surréaliste, et un Dali écrivain (plusieurs manuscrits figurent dans l’exposition dont celui de La boté terrifiante et comestible de l’architecture modern style, texte paru dans le Minautore n° 3-4 de 1933), parfois même illustrateur de ses propres textes. En 1973, il créé un livre-objet fondamental, Les Dix recettes de l’Immortalité, comparable dans sa nature et son propos aux fameuses Boîtes-en-valise de Marcel Duchamp. Dans ce livre-objet, Dali y pose un miroir dont le rôle est le même que dans son œuvre et qui consiste à déréaliser le monde, à montrer qu’il n’est fait que de matière en constante destruction. Dans ce labyrinthe de reflets et de simulacres qu’il met en œuvre, il est ainsi amené à explorer d’autres modes de reproduction de l’image que ceux des techniques traditionnelles d’impression propres au livre : l’hologramme, la stéréoscopie et l’anamorphose par exemple. Semant son œuvre à tous vents, au risque d’être à son tour pillé et recyclé, Dali demeure dans l’art du XXe siècle une figure majeure et atypique.
(1) Se reporter à son Manifeste mystique, [Paris, Robert] J.Godet, 1951.
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« Dali, la pratique du recyclage (1951-1973) », jusqu’au 16 septembre au Scriptorial d’Avranches, place d’Estouteville, 50300 Avranches.
Tél. : 02 33 79 57 03. Tlj sf lun. de 10h à 18h. Conférence « Le surréalisme et le livre », par Marie-Laure Missir, le samedi 15 septembre à 19h.
À son retour en France à la fin des années 40, il entame une nouvelle étape qu’il appela son mysticisme nucléaire fondé sur des thèmes religieux et en rapport avec les découvertes scientifiques de l’époque (fusion et fission nucléaires, bombe atomique, ADN) (1). Tentant de tourner le dos ainsi à sa période surréaliste des années 30, il se lance dans une nouvelle technique, très gestuelle, et renoue avec une pratique de l’illustration initiée par les surréalistes (Max Ernst entre autres), celle du détournement de planches encyclopédiques ou de gravures de livres populaires du XIXe siècle, qui doit beaucoup chez Dali au Petit Larousse illustré, véritable nouveauté éditoriale. « C’est en ce sens qu’il y a recyclage » estime Frédérique Joseph-Lowery, commissaire de l’exposition avec Fabienne Dorey. « Dali recycle avec une technique nouvelle, inspirée de l’art expressionniste abstrait, une pratique profondément surréaliste […] Mais surtout, ce que Dali recycle, c’est le monde, qu’il travaille et déconstruit pour en faire un autre, qu’il appelle sa cosmogonie ». Son recueil Flordali (Surrealist flowers) ou bien encore son « retouchage » des 80 gravures de Goya, en témoignent.
Qu’il illustre les textes de grands écrivains comme Shakespeare, Dante et Cervantes, ou des textes importants de notre patrimoine (la Bible, Tristan et Yseult), il ne cesse de recycler.
Ainsi dans Don Quichotte et l’Apocalypse, il se réapproprie des courants artistiques comme le op art (art optique), le pop art ou l’hyperréalisme. L’intérêt de cette exposition réside dans la période historique choisie qui nous montre un Dali moins connu que le peintre surréaliste, et un Dali écrivain (plusieurs manuscrits figurent dans l’exposition dont celui de La boté terrifiante et comestible de l’architecture modern style, texte paru dans le Minautore n° 3-4 de 1933), parfois même illustrateur de ses propres textes. En 1973, il créé un livre-objet fondamental, Les Dix recettes de l’Immortalité, comparable dans sa nature et son propos aux fameuses Boîtes-en-valise de Marcel Duchamp. Dans ce livre-objet, Dali y pose un miroir dont le rôle est le même que dans son œuvre et qui consiste à déréaliser le monde, à montrer qu’il n’est fait que de matière en constante destruction. Dans ce labyrinthe de reflets et de simulacres qu’il met en œuvre, il est ainsi amené à explorer d’autres modes de reproduction de l’image que ceux des techniques traditionnelles d’impression propres au livre : l’hologramme, la stéréoscopie et l’anamorphose par exemple. Semant son œuvre à tous vents, au risque d’être à son tour pillé et recyclé, Dali demeure dans l’art du XXe siècle une figure majeure et atypique.
Pascal Fulacher
(1) Se reporter à son Manifeste mystique, [Paris, Robert] J.Godet, 1951.
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« Dali, la pratique du recyclage (1951-1973) », jusqu’au 16 septembre au Scriptorial d’Avranches, place d’Estouteville, 50300 Avranches.
Tél. : 02 33 79 57 03. Tlj sf lun. de 10h à 18h. Conférence « Le surréalisme et le livre », par Marie-Laure Missir, le samedi 15 septembre à 19h.