Polémique : Google et la BnF
Certains le proclament non sans arrières-pensées. Nous l’avons déjà écrit ici, la numérisation, la technologie informatique, sont des atouts pour les manuscrits : ils sont ainsi portés à la connaissance du plus grand nombre. Cela suscite des émotions, l’envie de passer du virtuel au réel, et des vocations d’amateurs et de collectionneurs. Le numérique participe donc de l’avenir du manuscrit. Il en va de même pour le livre. Mais dans ce cas, le problème est plus complexe, avec des implications sur l’édition et les droits d’auteur. Ainsi la bibliothèque numérique universelle de Google est un projet qui fait l’objet d’une polémique bien compréhensive.
Il y a cependant un avantage à numériser les écrits du monde. Cela les met à l’abri du fahrenheit 451, la censure par le feu des régimes totalitaires, les autodafés ou les absurdités des idéologies dominantes. Tout peut être conservé. On se prend alors à rêver. Si la bibliothèque d’Alexandrie avait été mise en ligne, une mémoire écrite de l’humanité n’aurait pas disparu dans le grand incendie.
Mais cela n’empêche pas la méfiance et même la défiance vis-à-vis de l’Anschluss numérique universel du géant de l’Internet sur l’écrit. En France, ce qui est en cause, c’est l’accord Google-BnF. La Bibliothèque nationale de France peut-elle pactiser avec le géant de l’Internet ?
Google propose de scanner gratuitement une partie des collections de la BnF, libres de droits, et par conséquent accessibles en principe à tous. En contrepartie, la firme de Mountain View souhaite pouvoir exploiter librement, et de façon exclusive pendant une durée à définir, les fichiers numérisés, étant entendu que la BnF conserverait une copie numérique des œuvres pour les rendre accessibles sur Internet via son propre site Gallica. Dans cet univers dématérialisé, l’établissement public resterait garant de la conservation et de la maintenance des fonds, comme il l’est dans l’univers de l’imprimé. Si on se place du point de vue de la BnF, Google ne serait donc qu’un prestataire de service auquel serait confiée la numérisation d’ouvrages libres de droits, et qui lui permettrait de mettre en ligne plus rapidement et plus massivement ses collections.
Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, assure vouloir éviter toute précipitation quant à cet accord. Si toutefois cela se réalisait, les éditeurs français prendraient ceci comme une trahison. Mais doit-on pour autant empêcher Google de numériser des ouvrages français sous prétexte qu’ils font partie de notre patrimoine culturel ? Ici semble résider une bonne partie de la question.
L’Europe se cherche encore dans le domaine de la numérisation et de la protection des droits d’auteur. Jusqu’à aujourd’hui, Google a d’ailleurs eu bien du mal à faire passer la pilule de la numérisation des grandes bibliothèques aux USA comme sur le vieux continent.
Les choses devraient prochainement évoluer. Car dans l’accord que le géant de la recherche a passé avec le monde de l’édition américaine, on apprend que « nous nous engageons à ce que les livres disponibles commercialement en Europe ne soient montrés aux internautes américains que si l’ayant droit donne son autorisation », explique Philippe Colombet, responsable du programme « Google Livre » en France, à nos confrères des Échos.
Les auteurs auront même un droit de retour, et donc droit de désactivation de l’œuvre. « Cet accord donne une vie nouvelle aux œuvres épuisées, tout en instaurant des règles d’usage du livre numérique gérées par les auteurs et les éditeurs », continue Philippe Colombet. « Si personne ne se manifeste, l’œuvre ne sera pas accessible », conclut-il.
De son côté, Bruxelles estime que « les fondements juridiques d’un développement rapide de ce type de services » sont nécessaires pour la numérisation des œuvres. Une harmonisation au sein de l’UE est prévue à ce sujet. Google, c’est pour l’écrit un saut dans une autre dimension. Ce n’est pas le diable, mais il y a forcément des diables dans Google comme il y en a dans les détails.
Patrice Zehr
Il y a cependant un avantage à numériser les écrits du monde. Cela les met à l’abri du fahrenheit 451, la censure par le feu des régimes totalitaires, les autodafés ou les absurdités des idéologies dominantes. Tout peut être conservé. On se prend alors à rêver. Si la bibliothèque d’Alexandrie avait été mise en ligne, une mémoire écrite de l’humanité n’aurait pas disparu dans le grand incendie.
Mais cela n’empêche pas la méfiance et même la défiance vis-à-vis de l’Anschluss numérique universel du géant de l’Internet sur l’écrit. En France, ce qui est en cause, c’est l’accord Google-BnF. La Bibliothèque nationale de France peut-elle pactiser avec le géant de l’Internet ?
Google propose de scanner gratuitement une partie des collections de la BnF, libres de droits, et par conséquent accessibles en principe à tous. En contrepartie, la firme de Mountain View souhaite pouvoir exploiter librement, et de façon exclusive pendant une durée à définir, les fichiers numérisés, étant entendu que la BnF conserverait une copie numérique des œuvres pour les rendre accessibles sur Internet via son propre site Gallica. Dans cet univers dématérialisé, l’établissement public resterait garant de la conservation et de la maintenance des fonds, comme il l’est dans l’univers de l’imprimé. Si on se place du point de vue de la BnF, Google ne serait donc qu’un prestataire de service auquel serait confiée la numérisation d’ouvrages libres de droits, et qui lui permettrait de mettre en ligne plus rapidement et plus massivement ses collections.
Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, assure vouloir éviter toute précipitation quant à cet accord. Si toutefois cela se réalisait, les éditeurs français prendraient ceci comme une trahison. Mais doit-on pour autant empêcher Google de numériser des ouvrages français sous prétexte qu’ils font partie de notre patrimoine culturel ? Ici semble résider une bonne partie de la question.
L’Europe se cherche encore dans le domaine de la numérisation et de la protection des droits d’auteur. Jusqu’à aujourd’hui, Google a d’ailleurs eu bien du mal à faire passer la pilule de la numérisation des grandes bibliothèques aux USA comme sur le vieux continent.
Les choses devraient prochainement évoluer. Car dans l’accord que le géant de la recherche a passé avec le monde de l’édition américaine, on apprend que « nous nous engageons à ce que les livres disponibles commercialement en Europe ne soient montrés aux internautes américains que si l’ayant droit donne son autorisation », explique Philippe Colombet, responsable du programme « Google Livre » en France, à nos confrères des Échos.
Les auteurs auront même un droit de retour, et donc droit de désactivation de l’œuvre. « Cet accord donne une vie nouvelle aux œuvres épuisées, tout en instaurant des règles d’usage du livre numérique gérées par les auteurs et les éditeurs », continue Philippe Colombet. « Si personne ne se manifeste, l’œuvre ne sera pas accessible », conclut-il.
De son côté, Bruxelles estime que « les fondements juridiques d’un développement rapide de ce type de services » sont nécessaires pour la numérisation des œuvres. Une harmonisation au sein de l’UE est prévue à ce sujet. Google, c’est pour l’écrit un saut dans une autre dimension. Ce n’est pas le diable, mais il y a forcément des diables dans Google comme il y en a dans les détails.
Patrice Zehr