Le grand retour des « apocryphes »
Y a-t-il des écrits écartés par l’Église catholique qui contredisent le dogme, mais méritent cependant d’être pris en compte ? Le débat a été relancé par un livre qui a connu un succès mondial aussi inattendu que phénoménal, suivi d’un film certainement moins réussi : il s’agit du fameux roman Da Vinci Code de Dan Brown. Il révèle des « secrets » donnant ainsi à Jésus une femme, Marie-Madeleine, et une descendance. Comme par hasard, dans la foulée, on découvrait un évangile de Judas et un tombeau présenté comme pouvant être celui du Christ, de son épouse et de leurs enfants, dont un nommé Judas !
L’histoire du christianisme est entrecoupée de batailles d’écritures autour de Jésus, particulièrement au cours des premiers siècles de notre ère. Rappelons que le Nouveau Testament comprend 27 livres canoniques, dont les Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc, et Jean. Ils relatent
la vie et le message de Jésus-Christ. Canoniques, ils le sont, car il existe à côté des Évangiles reconnus, de très nombreux récits chrétiens antiques sur Jésus (1) qui ne furent pas retenus et sont dits apocryphes (du mot grec signifiant « caché »).
L’Église s’en méfia, certains ont même été détruits. L’histoire des ces apocryphes se confond avec les débuts de l’église chrétienne, mais aussi catholique qui, par étapes jusqu’au concile de Trente de 1546, procéda à une « mise au norme » des Écritures. Qu’est-ce que l’Église a écarté ?
Et pourquoi ? Y auraient-ils des faits authentiques, des paroles oubliées ? Peu de croyants aujourd’hui seraient capables d’apporter une réponse précise.
Le mot apocryphe, qui a souvent été associé à menteur, impie, hérétique, ouvre, dès lors, la voie à toutes les imaginations possibles. Ainsi du fameux Évangile de Judas dont la découverte, la traduction puis la publication l’année passée a défrayé la chronique (2). Cet évangile, à l’encontre du Nouveau Testament, remet en cause la
trahison de Judas admise par le dogme. Une réhabilitation qui relance les invraisemblances de l’histoire canoniquement admise. Trahir pour 30 deniers ? Cela ne représentait rien à l’époque. Était-il utile de désigner par un baiser un homme que tout le monde connaissait ? Du point de vue religieux, ce document, rédigé au IIe siècle, est assurément apocryphe. Historique-ment, c’est un témoignage saisissant de la pensée gnostique d’alors, qui fut condamnée, dès l’origine, par l’Église. Car elle s’appuie précisément sur des vérités secrètes, cachées, en somme « apocryphes » !
Une part de mystère néanmoins demeure : cacherait-on une « vérité vraie » ? Et pourquoi, dès lors, ne pas aller à sa recherche ?
Jésus humain, Jésus divin
L’imaginaire contemporain est fasciné par la quête d’aller à la rencontre de l’homme Jésus. Un exemple récent est l’annonce de la découverte de la « tombe perdue » de Jésus et de sa famille. Annonce faite par James Cameron, le célèbre réalisateur de Titanic, et producteur du documentaire du même nom (3), signé de l’Israélien Simcha Jacobovici qui relate cette découverte à la façon d’un véritable polar : ossuaires, noms sur les tombes, transcriptions, langues, vrais noms, sources écrites faisant office de preuve, tests ADN… Un débat est engagé, voire une polémique scientifique. Quoi qu’il en soit, on se rapproche d’une certaine manière du Da Vinci Code et, une nouvelle fois, de toute une littérature prétendant à l’existence d’une vérité cachée, notamment sur une prétendue descendance de Jésus.
C’est dans ce contexte que le pape Benoît XVI, vient de publier à titre personnel un ouvrage (un écrit de plus, notons-le) sur Jésus. Serait-ce une réponse au Da Vinci Code et à certaines extrapolations ? C’est un amalgame plus vendeur que juste. L’ancien Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, devenu Saint-Père, n’a pas voulu réfuter le roman de Dan Brown qui, rappelons-le, est une œuvre d’imagination fondée sur des interprétations non orthodoxes de la vie de Jésus qui, par ailleurs, ne sont pas nouvelles. Non. Le pape veut présenter « le Jésus des Évangiles comme “le vrai Jésus”, comme le “Jésus historique” au vrai sens du terme » (4).
Il refuse un Jésus prophète, privé de divinité, ayant eu une vie normale et une descendance. Il s’oppose donc à la mode littéraire actuelle et aussi à certains apocryphes. Sans faire fi des recherches les plus récentes, il refuse la contradiction entre foi et histoire.
Il n’empêche que les ouvrages, romans de fiction ou non, enquêtes et documentaires exploitent souvent les lacunes, les questions demeurées sans réponse des évangiles « officiels » retenus par l’Église. Si le débat fait aujourd’hui les grands titres, passionne, il ne bouleversera probablement pas la vie des chrétiens. Mais attention… : si ce sont bien les os de Jésus que mentionne le documentaire de Simcha Jacobovici, cela contredirait la croyance chrétienne de la Résurrection et de l’Ascension au Paradis.
À suivre donc.
(1) Mentionnons les Écrits apocryphes chrétiens en 2 tomes par les Éditions Gallimard, coll. la Pléiade, 2005
(2) L'Évangile de Judas, traduction par Rodolphe Kasser, présentation M. Meyer, Flammarion, Paris, 2006
(3) Le documentaire, Le Tombeau de Jésus, a été diffusé le 29 mai sur TF1 ; on peut consulter le site à l’adresse internet suivante : www.jesusfamilytomb.com
(4) Joseph Raztzinger / Benoît XVI, fête de saint Jérôme, le 30 septembre 2006.
L’histoire du christianisme est entrecoupée de batailles d’écritures autour de Jésus, particulièrement au cours des premiers siècles de notre ère. Rappelons que le Nouveau Testament comprend 27 livres canoniques, dont les Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc, et Jean. Ils relatent
la vie et le message de Jésus-Christ. Canoniques, ils le sont, car il existe à côté des Évangiles reconnus, de très nombreux récits chrétiens antiques sur Jésus (1) qui ne furent pas retenus et sont dits apocryphes (du mot grec signifiant « caché »).
L’Église s’en méfia, certains ont même été détruits. L’histoire des ces apocryphes se confond avec les débuts de l’église chrétienne, mais aussi catholique qui, par étapes jusqu’au concile de Trente de 1546, procéda à une « mise au norme » des Écritures. Qu’est-ce que l’Église a écarté ?
Et pourquoi ? Y auraient-ils des faits authentiques, des paroles oubliées ? Peu de croyants aujourd’hui seraient capables d’apporter une réponse précise.
Le mot apocryphe, qui a souvent été associé à menteur, impie, hérétique, ouvre, dès lors, la voie à toutes les imaginations possibles. Ainsi du fameux Évangile de Judas dont la découverte, la traduction puis la publication l’année passée a défrayé la chronique (2). Cet évangile, à l’encontre du Nouveau Testament, remet en cause la
trahison de Judas admise par le dogme. Une réhabilitation qui relance les invraisemblances de l’histoire canoniquement admise. Trahir pour 30 deniers ? Cela ne représentait rien à l’époque. Était-il utile de désigner par un baiser un homme que tout le monde connaissait ? Du point de vue religieux, ce document, rédigé au IIe siècle, est assurément apocryphe. Historique-ment, c’est un témoignage saisissant de la pensée gnostique d’alors, qui fut condamnée, dès l’origine, par l’Église. Car elle s’appuie précisément sur des vérités secrètes, cachées, en somme « apocryphes » !
Une part de mystère néanmoins demeure : cacherait-on une « vérité vraie » ? Et pourquoi, dès lors, ne pas aller à sa recherche ?
Jésus humain, Jésus divin
L’imaginaire contemporain est fasciné par la quête d’aller à la rencontre de l’homme Jésus. Un exemple récent est l’annonce de la découverte de la « tombe perdue » de Jésus et de sa famille. Annonce faite par James Cameron, le célèbre réalisateur de Titanic, et producteur du documentaire du même nom (3), signé de l’Israélien Simcha Jacobovici qui relate cette découverte à la façon d’un véritable polar : ossuaires, noms sur les tombes, transcriptions, langues, vrais noms, sources écrites faisant office de preuve, tests ADN… Un débat est engagé, voire une polémique scientifique. Quoi qu’il en soit, on se rapproche d’une certaine manière du Da Vinci Code et, une nouvelle fois, de toute une littérature prétendant à l’existence d’une vérité cachée, notamment sur une prétendue descendance de Jésus.
C’est dans ce contexte que le pape Benoît XVI, vient de publier à titre personnel un ouvrage (un écrit de plus, notons-le) sur Jésus. Serait-ce une réponse au Da Vinci Code et à certaines extrapolations ? C’est un amalgame plus vendeur que juste. L’ancien Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, devenu Saint-Père, n’a pas voulu réfuter le roman de Dan Brown qui, rappelons-le, est une œuvre d’imagination fondée sur des interprétations non orthodoxes de la vie de Jésus qui, par ailleurs, ne sont pas nouvelles. Non. Le pape veut présenter « le Jésus des Évangiles comme “le vrai Jésus”, comme le “Jésus historique” au vrai sens du terme » (4).
Il refuse un Jésus prophète, privé de divinité, ayant eu une vie normale et une descendance. Il s’oppose donc à la mode littéraire actuelle et aussi à certains apocryphes. Sans faire fi des recherches les plus récentes, il refuse la contradiction entre foi et histoire.
Il n’empêche que les ouvrages, romans de fiction ou non, enquêtes et documentaires exploitent souvent les lacunes, les questions demeurées sans réponse des évangiles « officiels » retenus par l’Église. Si le débat fait aujourd’hui les grands titres, passionne, il ne bouleversera probablement pas la vie des chrétiens. Mais attention… : si ce sont bien les os de Jésus que mentionne le documentaire de Simcha Jacobovici, cela contredirait la croyance chrétienne de la Résurrection et de l’Ascension au Paradis.
À suivre donc.
Patrice Zehr
(1) Mentionnons les Écrits apocryphes chrétiens en 2 tomes par les Éditions Gallimard, coll. la Pléiade, 2005
(2) L'Évangile de Judas, traduction par Rodolphe Kasser, présentation M. Meyer, Flammarion, Paris, 2006
(3) Le documentaire, Le Tombeau de Jésus, a été diffusé le 29 mai sur TF1 ; on peut consulter le site à l’adresse internet suivante : www.jesusfamilytomb.com
(4) Joseph Raztzinger / Benoît XVI, fête de saint Jérôme, le 30 septembre 2006.