Patrimoine mondial en péril

Patrimoine mondial en péril

« Si vous êtes élu président de la République, que ferez-vous pour l’Imprimerie nationale ? » Ainsi débutait cette lettre adressée à François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. À l’heure où nous bouclons ce numéro, soit début avril, les réponses n’étaien pas encore parvenues à Garamonpatrimoine. Le Conservatoire de l’Imprimerie, de la Typographie et de l’Écrit (CITÉ) que le collectif appelle de ses voeux constitue un projet vivant, tourné vers l’avenir. Rappelons à ce propos que le patrimoine de l’Imprimerie nationale dont les origines remontent à François Ier, ne se limite pas à sa dimension purement matérielle : son Cabinet des poinçons, sans aucun doute le plus important au monde (500 000 pièces gravées classées monument historique), sa bibliothèque historique riche de plus de 30 000 volumes, ses très nombreuses presses typographiques.

Ce patrimoine se compose également d’un savoir-faire inestimable. L’atelier du livre est un lieu unique et exceptionnel où les textes étaient encore récemment composés au plomb puis imprimés sur des presses anciennes selon des tours de main qui se sont perpétués de génération en génération. L’atelier de fonderie où sont fondus les caractères d’imprimerie, l’un des derniers au monde, apparaît tout aussi irremplaçable. C’est tout un ensemble de métiers du livre qui pourrait disparaître si l’on n’y prête pas suffisamment attention. Le conservatoire projeté par Garamonpatrimoine permettrait en l’occurrence de sauver ces savoirfaire en maintenant une production et articulant celle-ci à des modules d’enseignement, de formation et de recherche.

Deux projets ont été esquissés en ce sens, l’un avec l’école Estienne, lieu de référence et d’excellence pour l’enseignement des arts graphiques et des métiers du livre, l’autre avec la Maison internationale de l’Illustration à Bobigny et l’Université Paris XIII. Parmi les souhaits de Garamonpatrimoine, figure celui de rejoindre le vaste site historique de la rue de la Convention dans le XVe arrondissement de Paris où l’Imprimerie nationale s’était installée en 1922 et qu’elle quitta en 2005 suite à son démantèlement. Les bâtiments, vendus à un promoteur (Carlyle), en cours de réamé-nagement pourraient devenir un ensemble immobilier d’entreprises prestigieux qui serait convoité par le ministère des Affaires étrangères. Le collectif demanderait alors qu’une partie de ce site soit réservée à l’accueil du conservatoire. Le patrimoine de l’Imprimerie nationale réintégrerait ainsi son lieu historique où trône fièrement la statue de Gutenberg, l’inventeur de l’imprimerie. Ce serait alors un juste retour des choses. Le nouveau président de la République inscrira-t-il ce projet parmi ses priorités culturelles, en faisant de celui-ci l’un de ses grands chantiers ?

L’écrit, fondement de nos sociétés, le mériterait assurément. Encore aujourd’hui, c’est de l’écrit que notre avenir dépend comme l e souligne for t justement Garamonpatrimoine dans sa lettre aux candidats à l’élection présidentielle : « La typographie n’est pas qu’une affaire de livres ! Cela concerne aussi les écrans de nos ordinateurs et tous les supports de l’écriture ». Pour toutes ces raisons, le patrimoine de l’Imprimerie nationale doit être pris en considération : il y va de notre responsabilité face à l’histoire et à l’avenir.

Pascal Fulacher