Quand la musique célèbre la correspondance

Quand la musique célèbre la correspondance
Choisi parmi 145 œuvres, ce concerto est une commande de la Philharmonie de Cologne et de l’Orchestre philharmonique royal de Stockholm et fut joué pour la première fois en 2007 à Cologne, sous la direction de son créateur. Dean explique que c’est en observant le déclin de l’écrit face aux nouvelles techniques de communication, qu’il eut l’idée de faire de la correspondance le thème de son œuvre. Chacun des 4 mouvements est introduit par l’extrait d’une lettre du XIXe siècle, du courrier intime à la lettre publique. Les titres des parties évoquent les lieux et dates des lettres. Le violon joue alternativement le rôle de l’épistolier et celui du correspondant, mais c’est surtout le solo qui donne le ton de la lettre. Le premier mouvement « Hamburg 1854 » naît de l’histoire d’amour cachée entre Clara Schumann et Johannes Brahms, et s’inspire de la musique des deux compositeurs. Dans le second mouvement « La Hague, 1882 », très lent, Dean évoque une lettre de Van Gogh sur la beauté éternelle de la nature. Le troisième mouvement « Vienne 1886 » est un court intermezzo, en référence au compositeur autrichien Hugo Wolf qui, dans sa lettre à un ami, s’épanche sur les affres de sa vie. Enfin, « Jerilderie Letter », le dernier mouvement, puise sa source dans le document célèbre du hors-la-loi australien Ned Kelly, qu’il écrivit à Jerilderie en 1879 à la manière d’un manifeste public, pour plaider l’innocence de sa famille et des malheureux colons irlandais comme lui. Ici, la tragédie inhérente au discours - l’exécution de Kelly - s’exprime dans un moto perpetuo (mouvement perpétuel) désespéré, soutenu par un rythme effréné dans la virtuosité de certains passages.


Cécile Enjelvin