En Italie, les anciennes colonies ont grand espoir de retrouver leur patrimoine écrit
La lutte contre le trafic illicite des biens culturels est devenue un volet important de la politique internationale de nombreux États sous la houlette de l’UNESCO. La moralisation du marché des antiquités dans les pays occidentaux semble s’accélérer.
Des chartes déontologiques d’achat et de prudence sont appliquées ici ou là par les musées. Le but de ces actions est, bien sûr, de prévenir le marché illégal, mais aussi de restituer aux pays d’origine des éléments prouvés volés, des actions difficiles et parfois longues.
Mais le terme restitution résonne de plus en plus d’un autre écho. Il porte sur la restitution de principe des objets culturels et trésors arrachés aux anciens pays colonisés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique par les représentants des États colonisateurs – particulièrement lors de prises de guerre ou d’expéditions punitives. L’actualité est dense et c’est bien l’Afrique qui est au cœur de ce débat. Rappelons que ce continent a perdu près de 95 % de ses richesses culturelles (1). Les pays concernés font des réclamations officielles, Bénin, Nigeria, Éthiopie…, de plus en plus d’intellectuels africains font du lobbying par le biais des instances culturelles officielles ou d’organisations non gouvernementales.
Très souvent, lors d’expositions sur l’art ou l’histoire d’Afrique, survient un débat sur l’héritage culturel et les restitutions des objets exposés. Les institutions des pays du Nord sont soit carrément réticentes à cette restitution ou, si elles la trouvent théoriquement fondée, leur réponse est équivoque. Elles mettent en avant la nature autocratique ou corrompue des régimes ou la mission universelle des musées où qu’ils se situent.
À titre d’exemple, l’Éthiopie a énormément souffert du pillage culturel au cours de son histoire. Notamment, en 1868, par l’armée britannique partie à la conquête victorieuse de cet empire s’emparant de quantité d’objets d’art et manuscrits sacrés. Ou encore en 1936 sous le commandement de Benito Mussolini. L’obélisque d’Axoum, vieux de 1 700 ans, mais aussi des œuvres d’art, des archives et la bibliothèque du dernier empereur d’Éthiopie, Haile Selassie Ier, et bien d’autres objets furent, à cette occasion, emportés par les troupes du dictateur italien. En novembre 2007, l’Italie – qui, et c’est important, a elle-même engagé des procédures en restitution d’antiquités romaines face à des institutions –, et l’Éthiopie ont signé un accord sur le retour de l’obélisque d’Axoum, désormais chose faite. Plus encore, le Conseil d’État italien a confirmé en appel la restitution à la Libye – ancienne colonie italienne à partir de 1911 –, de la statue antique La Vénus de Cyrène du IIe siècle après J.-C., découverte en 1913. Cette juridiction suprême, en juillet dernier, a finalement reconnu en appel que « la zone où avait été trouvée la statue se trouvait à l’époque sur le territoire libyen ».
Le jugement crée un précédent majeur pour la restitution du patrimoine culturel issu des anciennes colonies ! D’aucuns considèrent que l’Éthiopie a donc toutes les chances de récupérer ses trésors manuscrits volés par les Italiens et continuera inlassablement à les réclamer à la Grande-Bretagne.
(1) « La grande majorité des objets conservés par ces musées [des anciens pays colonisateurs] a été collectée entre 1870 et la Première Guerre mondiale, période recouvrant aussi celle de la conquête coloniale. Alors qu’en 1880 les Européens ne contrôlaient que 35 % de la superficie de la planète, cette proportion s’élevait à plus de 84,4 % en 1914. » Extrait de « Faut-il restituer les butins des expéditions coloniales ? », par Bernard Müller, Le Monde diplomatique, juillet 2007.
Christophe Dorny
Des chartes déontologiques d’achat et de prudence sont appliquées ici ou là par les musées. Le but de ces actions est, bien sûr, de prévenir le marché illégal, mais aussi de restituer aux pays d’origine des éléments prouvés volés, des actions difficiles et parfois longues.
Mais le terme restitution résonne de plus en plus d’un autre écho. Il porte sur la restitution de principe des objets culturels et trésors arrachés aux anciens pays colonisés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique par les représentants des États colonisateurs – particulièrement lors de prises de guerre ou d’expéditions punitives. L’actualité est dense et c’est bien l’Afrique qui est au cœur de ce débat. Rappelons que ce continent a perdu près de 95 % de ses richesses culturelles (1). Les pays concernés font des réclamations officielles, Bénin, Nigeria, Éthiopie…, de plus en plus d’intellectuels africains font du lobbying par le biais des instances culturelles officielles ou d’organisations non gouvernementales.
Très souvent, lors d’expositions sur l’art ou l’histoire d’Afrique, survient un débat sur l’héritage culturel et les restitutions des objets exposés. Les institutions des pays du Nord sont soit carrément réticentes à cette restitution ou, si elles la trouvent théoriquement fondée, leur réponse est équivoque. Elles mettent en avant la nature autocratique ou corrompue des régimes ou la mission universelle des musées où qu’ils se situent.
À titre d’exemple, l’Éthiopie a énormément souffert du pillage culturel au cours de son histoire. Notamment, en 1868, par l’armée britannique partie à la conquête victorieuse de cet empire s’emparant de quantité d’objets d’art et manuscrits sacrés. Ou encore en 1936 sous le commandement de Benito Mussolini. L’obélisque d’Axoum, vieux de 1 700 ans, mais aussi des œuvres d’art, des archives et la bibliothèque du dernier empereur d’Éthiopie, Haile Selassie Ier, et bien d’autres objets furent, à cette occasion, emportés par les troupes du dictateur italien. En novembre 2007, l’Italie – qui, et c’est important, a elle-même engagé des procédures en restitution d’antiquités romaines face à des institutions –, et l’Éthiopie ont signé un accord sur le retour de l’obélisque d’Axoum, désormais chose faite. Plus encore, le Conseil d’État italien a confirmé en appel la restitution à la Libye – ancienne colonie italienne à partir de 1911 –, de la statue antique La Vénus de Cyrène du IIe siècle après J.-C., découverte en 1913. Cette juridiction suprême, en juillet dernier, a finalement reconnu en appel que « la zone où avait été trouvée la statue se trouvait à l’époque sur le territoire libyen ».
Le jugement crée un précédent majeur pour la restitution du patrimoine culturel issu des anciennes colonies ! D’aucuns considèrent que l’Éthiopie a donc toutes les chances de récupérer ses trésors manuscrits volés par les Italiens et continuera inlassablement à les réclamer à la Grande-Bretagne.
(1) « La grande majorité des objets conservés par ces musées [des anciens pays colonisateurs] a été collectée entre 1870 et la Première Guerre mondiale, période recouvrant aussi celle de la conquête coloniale. Alors qu’en 1880 les Européens ne contrôlaient que 35 % de la superficie de la planète, cette proportion s’élevait à plus de 84,4 % en 1914. » Extrait de « Faut-il restituer les butins des expéditions coloniales ? », par Bernard Müller, Le Monde diplomatique, juillet 2007.
Christophe Dorny