Correspondance en cour

Correspondance en cour
Lettres et êtres, lieux et époques, souvent tout correspond, se répond... Pour preuve : parmi les 60 000 missives qu’écrivit Charlotte-Élisabeth de Bavière (1652-1722), le dramaturge Jean-Claude Seguin en a intelligemment adapté et mis en scène quelques-unes. Matière pour un spectacle surprenant qui, en 1h15, est la métaphore de la vie de cette princesse palatine qui est incarnée avec beaucoup de talent, tout en sensibilité et subtilité, par la comédienne Marie Grudzinski. Un monologue époustouflant pour un courrier décapant qui exécute le portrait sans fard de la monarchie absolue. Racontant la grande Histoire (le long règne de Louis XIV) par la petite (chronique des chambres et antichambres du pouvoir qui nous montre un autre Versailles) l’œuvre séduit, faisant autant rire que réfléchir, s’émouvoir que se révolter.

Pas besoin d’être lettré pour constater que derrière les mots de cette femme très en avance sur son temps surgissent aussi les maux du nôtre. Arrachée à ses terres prussiennes, mariée à Monsieur, frère cadet du roi, Madame se retrouve d’office à la cour de France. Pour survivre à l’ennui de l’étiquette, aux intrigues des mignons de son époux et à la valse des maîtresses du monarque (tout particulièrement au dégoût de « l’ordure » qu’elle voit en la Maintenon), une seule solution : raconter et dénoncer. Ses lettres, ouvertes mais jamais censurées, ont pour destinataires père, tante, cousines qui seuls peuvent la comprendre. Alors, allez-y ! Côté cour, sur la scène du théâtre de Nesle situé au sein du même bâtiment du XVIIe qui abrite aussi le musée des Lettres et Manuscrits. Il y a bel et bien correspondance. Ne la loupez pas !


Patrick Le Fur

« Palatine », spectacle mis en scène par Jean-Claude Seguin avec Marie Grudzinski. Jusqu’au 27 décembre 2008, du mercredi au samedi à 19h30 (relâche les 3, 10 et 25 décembre) au théâtre de Nesle, 8, rue de Nesle, 75006 Paris. Location au 01 46 34 61 04, plein tarif 20 €. Tournée en province prévue en 2009.