Livre : 2009, année numérique ?

Livre : 2009, année numérique ?
Contrairement aux autres industries culturelles, l’entrée  du livre dans l’ère numérique, bien que plusieurs fois annoncée, n’est pas encore effective. Même si quelques secteurs de l’édition – livres professionnels, juridiques, pratiques – ont déjà amorcé la dématérialisation, cette évolution n’a pas, jusqu’à présent, remis en cause le modèle commercial dominant. Le comportement des lecteurs est, lui aussi, resté à l’identique.

Encore sceptiques il y a quelques années, les acteurs du marché hexagonal de l’édition se préparent à ce changement, convaincus que l’échéance se rapproche. Mais que se passerait-il si le secteur de l’édition connaissait effectivement une accélération de cette dématérialisation du livre et basculait totalement dans le numérique ?
Afin de se préparer à cette hypothèse – et éviter toute déstabilisation du modèle économique à l’inverse de ce qui s’est passé pour la musique ou le cinéma – Christine Albanel, la ministre de la Culture, a commandé un rapport sur le livre numérique à Bruno Patino (alors président du Monde Interactif et de Télérama, et  désormais directeur de France Culture depuis le 16 septembre). Dans les conclusions de ce rapport, rendu le 30 juin dernier, Bruno Patino précise bien qu’il ne prédit pas l’avenir mais envisage tous les scénarios possibles. Il prend en compte les interrogations des auteurs, des éditeurs, des libraires, des fournisseurs de technologies et la peur générale du piratage par les utilisateurs. Il préconise alors une vigilance toute particulière vis-à-vis du code de la propriété intellectuelle qui devra être adapté à l’ère numérique, prévoir la concurrence possible entre les détenteurs des droits d’un côté (auteurs et éditeurs) et les détenteurs d’accès et de réseaux de l’autre qui n’ont pas d’intérêt à valoriser ces droits, et enfin être regardant quant à la détermination des prix : leur maîtrise par les éditeurs doit rester centrale. Il insiste aussi sur l’interopérabilité des contenus numérisés afin d’éviter de futures positions dominantes.

La mission de M. Patino propose en conséquence une série de mesures pour assurer le bon déroulement d’un décollage éventuel, soutenu par une législation adaptée. Côté matériel, plusieurs livres électroniques sont déjà sur le marché : le Cybook Gen3 de Bookeen, le Kindle d’Amazon, l’Iliad d’Irex ou le Reader de Sony. Même si tout le monde s’accorde à dire que les ventes des e-books sont exponentielles, ces modèles, souvent trop chers, n’ont pas été capables, pour l’instant, de séduire les consommateurs.
Le Reader de Sony, qui a débarqué en France en octobre dernier, sera-t-il capable de relever ce défi ? Sony admet que le pari est risqué, mais compte sur les qualités intrinsèques des lecteurs et sur ses partenaires, Hachette et la Fnac, pour le remporter. S’il est possible de charger ses propres contenus sur ce terminal de lecture (vendu aux alentours de 299 €), quelque 2 000 titres devraient être téléchargeables, mais seulement 1 0 à 1 5 % moins chers que les éditions papier... un tarif peut-être encore un peu trop élevé pour supplanter le livre-papier et inverser le marché actuel.


Christel Pigeon