Fonds scientifiques : le guide
La récente publication d’un guide d’accès des archives des scientifiques conservées en France (du XVIe au XXe siècle) met en lumière la richesse d’un patrimoine écrit qui, enfin, sort de l’ombre en France. Rencontre avec Thérèse Charmasson, responsable de l’ouvrage et spécialiste de l’histoire des sciences.
Avant la publication de votre guide, il n’existait donc aucun instrument permettant de se repérer dans les fonds d’archives en France ?
Avant cette publication, il n’existait effectivement aucun guide permettant de repérer les fonds d’archives personnelles de scientifiques relevant du domaine des sciences dites « dures » ; mais il existe bien entendu de nombreux instruments de travail pour les fonds conservés dans les services d’archives nationaux, départementaux et municipaux ainsi que des catalogues de manuscrits conservés dans les différentes bibliothèques. L’intérêt de l’ouvrage tient donc au rassemblement de données dispersées, telle une reconstitution « virtuelle » de fonds d’archives dispersés sur l’ensemble du territoire français.
L’histoire des sciences est-elle un domaine de recherche qui a été négligé et, si oui, pourquoi ?
L’histoire des sciences en France est une discipline relativement jeune et qui n’a pas d’ancrage fort dans l’enseignement supérieur (ni d’ailleurs secondaire). Les historiens des sciences ont à l’origine, soit une formation scientifique, soit une formation philosophique et dans une moindre mesure, une formation historique. Ils sont, de ce fait, souvent assez ignorants des ressources offertes par les services d’archives et les bibliothèques.
À quand remonte la genèse de ce travail et parlez-nous de la méthode employée ?
Avec l’aide d’un conservateur de bibliothèque, Catherine Gaziello, qui avait été en charge des collections de manuscrits de la bibliothèque centrale du muséum d’Histoire naturelle à Paris, j’ai établi le questionnaire qui a permis de lancer une enquête (papier) dans tous les services d’archives et bibliothèques sur le territoire français en 2000. J’ai ensuite procédé au dépouillement systématique des catalogues imprimés et dactylographiés des bibliothèques qui n’avaient pas été sollicitées pour l’enquête en raison de leur très grande richesse en ce domaine et pour lesquelles ce travail aurait représenté une trop lourde charge, à savoir pour l’essentiel, la Bibliothèque nationale de France, la bibliothèque centrale du muséum d’Histoire naturelle, la bibliothèque de l’Observatoire de Paris et la bibliothèque de l’Académie de Médecine.
Le guide ne concerne que les sciences dites « dures » ?
Le champ a été restreint au domaine des sciences dites « dures », car j’appartiens à un centre de recherche (1) dont la vocation initiale est l’histoire des sciences « dures ». Par ailleurs, le champ des sciences « humaines et sociales » est beaucoup plus difficile à définir sur la longue durée que celui des mathématiques, de la physique ou de l’astronomie pour ne parler que de ceux-là.
Pourquoi n’avez-vous pas inclus les fonds des musées et des sociétés savantes ?
Les musées de sciences ne possèdent qu’assez peu d’archives et elles ne sont pas toujours accessibles. Signaler des fonds non classés et parfois plus ou moins en déshérence reviendrait à attirer l’attention sur des documents qui sont protégés (du vol, en particulier) du fait même qu’on ignore leur existence ! Avec le guide, nous espérons attirer l’attention sur des fonds souvent trop négligés par les chercheurs et peut-être inciter les familles et les particuliers à déposer ou donner de nouveaux fonds.
Les archives personnelles des scientifiques possèdent-elles des particularités ?
Les archives personnelles des scientifiques relevant des sciences « dures » ne diffèrent pas profondément, quant à la nature des documents conservés, de celles des scientifiques relevant des sciences « humaines », voire même de celles d’hommes politiques. Cependant, la consultation et l’utilisation de ce type d’archives supposent de replacer les documents dans leur contexte de production et requièrent une « expertise » qui en rend la mise à disposition sous forme numérique assez difficile.
(1) Madame Charmasson, conservateur en chef du patrimoine, est directrice du Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.
Propos recueillis par Christophe Dorny
Les archives des scientifiques. XVIe-XXe siècle. Guide des fonds conservés en France, sous la direction de Thérèse Charmasson. Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2008, 629 p., 35 €.
Avant la publication de votre guide, il n’existait donc aucun instrument permettant de se repérer dans les fonds d’archives en France ?
Avant cette publication, il n’existait effectivement aucun guide permettant de repérer les fonds d’archives personnelles de scientifiques relevant du domaine des sciences dites « dures » ; mais il existe bien entendu de nombreux instruments de travail pour les fonds conservés dans les services d’archives nationaux, départementaux et municipaux ainsi que des catalogues de manuscrits conservés dans les différentes bibliothèques. L’intérêt de l’ouvrage tient donc au rassemblement de données dispersées, telle une reconstitution « virtuelle » de fonds d’archives dispersés sur l’ensemble du territoire français.
L’histoire des sciences est-elle un domaine de recherche qui a été négligé et, si oui, pourquoi ?
L’histoire des sciences en France est une discipline relativement jeune et qui n’a pas d’ancrage fort dans l’enseignement supérieur (ni d’ailleurs secondaire). Les historiens des sciences ont à l’origine, soit une formation scientifique, soit une formation philosophique et dans une moindre mesure, une formation historique. Ils sont, de ce fait, souvent assez ignorants des ressources offertes par les services d’archives et les bibliothèques.
À quand remonte la genèse de ce travail et parlez-nous de la méthode employée ?
Avec l’aide d’un conservateur de bibliothèque, Catherine Gaziello, qui avait été en charge des collections de manuscrits de la bibliothèque centrale du muséum d’Histoire naturelle à Paris, j’ai établi le questionnaire qui a permis de lancer une enquête (papier) dans tous les services d’archives et bibliothèques sur le territoire français en 2000. J’ai ensuite procédé au dépouillement systématique des catalogues imprimés et dactylographiés des bibliothèques qui n’avaient pas été sollicitées pour l’enquête en raison de leur très grande richesse en ce domaine et pour lesquelles ce travail aurait représenté une trop lourde charge, à savoir pour l’essentiel, la Bibliothèque nationale de France, la bibliothèque centrale du muséum d’Histoire naturelle, la bibliothèque de l’Observatoire de Paris et la bibliothèque de l’Académie de Médecine.
Le guide ne concerne que les sciences dites « dures » ?
Le champ a été restreint au domaine des sciences dites « dures », car j’appartiens à un centre de recherche (1) dont la vocation initiale est l’histoire des sciences « dures ». Par ailleurs, le champ des sciences « humaines et sociales » est beaucoup plus difficile à définir sur la longue durée que celui des mathématiques, de la physique ou de l’astronomie pour ne parler que de ceux-là.
Pourquoi n’avez-vous pas inclus les fonds des musées et des sociétés savantes ?
Les musées de sciences ne possèdent qu’assez peu d’archives et elles ne sont pas toujours accessibles. Signaler des fonds non classés et parfois plus ou moins en déshérence reviendrait à attirer l’attention sur des documents qui sont protégés (du vol, en particulier) du fait même qu’on ignore leur existence ! Avec le guide, nous espérons attirer l’attention sur des fonds souvent trop négligés par les chercheurs et peut-être inciter les familles et les particuliers à déposer ou donner de nouveaux fonds.
Les archives personnelles des scientifiques possèdent-elles des particularités ?
Les archives personnelles des scientifiques relevant des sciences « dures » ne diffèrent pas profondément, quant à la nature des documents conservés, de celles des scientifiques relevant des sciences « humaines », voire même de celles d’hommes politiques. Cependant, la consultation et l’utilisation de ce type d’archives supposent de replacer les documents dans leur contexte de production et requièrent une « expertise » qui en rend la mise à disposition sous forme numérique assez difficile.
(1) Madame Charmasson, conservateur en chef du patrimoine, est directrice du Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.
Propos recueillis par Christophe Dorny
Les archives des scientifiques. XVIe-XXe siècle. Guide des fonds conservés en France, sous la direction de Thérèse Charmasson. Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2008, 629 p., 35 €.