Pierre Berès, disparition d’un libraire d’exception
Une figure légendaire de la librairie ancienne, que d’aucuns qualifiaient de « plus grand libraire du monde », nous a quittés le 28 juillet dernier. Né à Stockholm en 1913, Pierre Berès fut un collectionneur fort précoce puisque, dès l’âge de 13 ans, il collectionne les autographes. Peu de temps après, il se lance dans le commerce des livres rares. Retour sur un parcours hors norme.
Six vacations orchestrées par l’étude Pierre Bergé entre 2005 et 2007 furent nécessaires à la dispersion des 12 000 volumes et manuscrits de la collection personnelle de Pierre Berès et du fonds de sa librairie de l’avenue de Friedland. Cette « vente record » rapporta plus de 35 millions d’euros ! Véritable cabinet d’amateur, la bibliothèque de ce « prince des libraires », comptait, entre autres, comme fleurons la collection Pillonne, un ensemble de 168 livres vénitiens des XVe et XVIe siècles conservés dans leur reliure d’origine, aux tranches ornées par Cesare Vecellio, mais aussi et surtout le Journal de Stendhal (570 pages !) – l’un des derniers grands manuscrits littéraires français en mains privées acquis par la bibliothèque de Grenoble – ainsi que le manuscrit autographe de La Chartreuse de Parme que son propriétaire offrit finalement à l’État français.
Mentionnons également les lettres et autographes de peintres ornés de dessins comme cette merveilleuse note du jeune Paul Cézanne ou cette importante lettre de Georges Seurat (toutes deux conservées désormais par le musée des Lettres et Manuscrits), plusieurs poèmes autographes de Rimbaud et l’exemplaire de Verlaine d’une Saison en enfer. Quelques années avant la dispersion de sa bibliothèque, Pierre Berès avait marqué les esprits en vendant à Drouot pour 12 millions de francs (1,8 million d’euros) les 876 feuillets manuscrits du Voyage au bout de la nuit de Céline qu’il avait acquis dans des conditions mystérieuses, manuscrit qui avait été préempté par la Bibliothèque nationale de France. C’est au cours des années 30 que Pierre Berès constitua l’essentiel de sa collection en rachetant les bibliothèques de milliardaires américains ruinés. En 1939, il ouvre sa célèbre librairie de l’avenue de Friedland dans le VIIIe arrondissement de Paris. Sa réputation solidement établie, Pierre Berès la doit à la pertinence de ses acquisitions mais aussi à l’extrême soin qu’il apportait à la rédaction de ses fiches descriptives : « C’est comme une visite guidée dans un musée. Cette fiche présente l’objet dans son ensemble, de sa genèse à son évolution et à sa survie » expliquait-il lui-même.
En 1956, il devient éditeur en rachetant les Éditions Hermann où il publie des ouvrages scientifiques et des livres d’art et de littérature. Avec Pierre Berès, qui a côtoyé tant de personnalités des mondes artistique et littéraire (Bonnard, Matisse, Picasso, Gide, Colette, Soulages…), disparaît non seulement un grand libraire et un important collectionneur, mais aussi une mémoire du siècle passé, ce qui a fait dire à Philippe Sollers : « sa maison était le plus beau salon du XXe siècle ».
Pascal Fulacher
Ouvrage-catalogue : Livres du cabinet de Pierre Berès, avant-propos de Jean-Paul Barbier-Mueller et portrait de Pierre Berès par Jean-Marc Chatelain, Musée Condé / Château de Chantilly, 2003. À consulter également tous les catalogues des ventes Pierre Berès 2005-2007 organisées par Pierre Bergé & Associés.
Six vacations orchestrées par l’étude Pierre Bergé entre 2005 et 2007 furent nécessaires à la dispersion des 12 000 volumes et manuscrits de la collection personnelle de Pierre Berès et du fonds de sa librairie de l’avenue de Friedland. Cette « vente record » rapporta plus de 35 millions d’euros ! Véritable cabinet d’amateur, la bibliothèque de ce « prince des libraires », comptait, entre autres, comme fleurons la collection Pillonne, un ensemble de 168 livres vénitiens des XVe et XVIe siècles conservés dans leur reliure d’origine, aux tranches ornées par Cesare Vecellio, mais aussi et surtout le Journal de Stendhal (570 pages !) – l’un des derniers grands manuscrits littéraires français en mains privées acquis par la bibliothèque de Grenoble – ainsi que le manuscrit autographe de La Chartreuse de Parme que son propriétaire offrit finalement à l’État français.
Mentionnons également les lettres et autographes de peintres ornés de dessins comme cette merveilleuse note du jeune Paul Cézanne ou cette importante lettre de Georges Seurat (toutes deux conservées désormais par le musée des Lettres et Manuscrits), plusieurs poèmes autographes de Rimbaud et l’exemplaire de Verlaine d’une Saison en enfer. Quelques années avant la dispersion de sa bibliothèque, Pierre Berès avait marqué les esprits en vendant à Drouot pour 12 millions de francs (1,8 million d’euros) les 876 feuillets manuscrits du Voyage au bout de la nuit de Céline qu’il avait acquis dans des conditions mystérieuses, manuscrit qui avait été préempté par la Bibliothèque nationale de France. C’est au cours des années 30 que Pierre Berès constitua l’essentiel de sa collection en rachetant les bibliothèques de milliardaires américains ruinés. En 1939, il ouvre sa célèbre librairie de l’avenue de Friedland dans le VIIIe arrondissement de Paris. Sa réputation solidement établie, Pierre Berès la doit à la pertinence de ses acquisitions mais aussi à l’extrême soin qu’il apportait à la rédaction de ses fiches descriptives : « C’est comme une visite guidée dans un musée. Cette fiche présente l’objet dans son ensemble, de sa genèse à son évolution et à sa survie » expliquait-il lui-même.
En 1956, il devient éditeur en rachetant les Éditions Hermann où il publie des ouvrages scientifiques et des livres d’art et de littérature. Avec Pierre Berès, qui a côtoyé tant de personnalités des mondes artistique et littéraire (Bonnard, Matisse, Picasso, Gide, Colette, Soulages…), disparaît non seulement un grand libraire et un important collectionneur, mais aussi une mémoire du siècle passé, ce qui a fait dire à Philippe Sollers : « sa maison était le plus beau salon du XXe siècle ».
Pascal Fulacher
Ouvrage-catalogue : Livres du cabinet de Pierre Berès, avant-propos de Jean-Paul Barbier-Mueller et portrait de Pierre Berès par Jean-Marc Chatelain, Musée Condé / Château de Chantilly, 2003. À consulter également tous les catalogues des ventes Pierre Berès 2005-2007 organisées par Pierre Bergé & Associés.