La fascinante mémoire écrite de Novgorod
Tout récemment, le 962e manuscrit sur écorce de bouleau a été découvert dans la ville russe de Novgorod près de la mer Baltique. Datant du Moyen Âge, ces documents écrits sont la source unique de connaissance de l’histoire, de la culture et de la langue des peuples slaves du nord-ouest de la Russie.
Cette aventure archéologique hors du commun est relativement récente puisqu’elle débute au milieu du XXe siècle, en 1951, lorsque la première écorce a été trouvée à Novgorod par le professeur Artemi Artsikhovski. Depuis, les fouilles n’ont jamais cessé. Plusieurs centaines de ces documents ont ainsi été déterrés dans différents centres urbains du nord-ouest de la Russie. À Vitebsk en Biélorussie, Zvenigorod sur les rives de la Moska, Torzhok, Pskov à 20 kilomètres de la frontière avec l’Estonie… On en compte aujourd’hui au total plus d’un millier. Mais c’est à Novgorod, une des plus importantes villes de l’époque médiévale, que les plus nombreux manuscrits ont été trouvés. Ils ont cette extrême particularité d’être gravés sur de l’écorce de bouleau, un arbre disponible en abondance dans la région. Un matériau souple, dont l’écorce était facilement roulée. Le sol argileux et humide a facilité leur conservation.
Ce « papier à lettre » d’un autre âge servit d’abord à la correspondance entre les grands propriétaires fonciers installés en ville et leurs contremaîtres régentant les vastes domaines. La récente découverte diffusée par une agence culturelle russe concerne une lettre adressée par un intendant à son seigneur qui, pour capturer un voleur de foin, lui demande ce qu’il aura en retour. Les archéologues sont convaincus qu’une fois utilisées, les écorces étaient sans doute jetées à même le sol des rues.
Des lettres d’amour ont même été retrouvées. Il y a mille ans, donc, en plein Moyen Âge, ce sont toutes les catégories de la population qui savaient lire et écrire, sans exclure femmes et enfants. Ces écrits intéressent au plus au point les linguistes car ils sont rédigés en « vieux russe », un dialecte slave originaire de Kiev au XIe siècle. C’est donc un ensemble interdisciplinaire de chercheurs de différents pays qui étudie ces précieuses traces écrites.
La Commission européenne participe depuis plusieurs années au financement d’un programme visant à la conservation, la traduction et la numérisation de ces documents (www.gramoty.ru, version en anglais du site prévue fin 2008). À signaler
pour le public francophone, un très beau documentaire co-produit par la chaîne Arte réalisé par Marc Jampolsky : Novgorod : les lettres du Moyen Âge.
Christophe Dorny