Rencontre Épistolaire
C’est à la suite d’un travail sur les lettres de Voltaire que Geneviève Haroche-Bouzinac est devenue spécialiste en épistolaire. La revue Épistolaire qu’elle anime est un point de convergence présentant toute l’actualité de la recherche de cette discipline universitaire.
Comment devient-on spécialiste en épistolaire ?
On le devient certainement parce qu’on a le goût de lire des lettres et dès lors que l’on comprend que la correspondance est infiniment plus riche que la fiction. Toutes les virtualités des situations sont contenues dans une lettre : les choix à faire, les occasions non réalisées, les carrefours d’une vie, les incidents.
Présentez-nous la revue Épistolaire ?
La revue Épistolaire, fondée vers 1987, a cherché à rassembler les quelques chercheurs isolés qui s’intéressaient à la lettre. En vingt ans, elle a fédéré des recherches considérables, a organisé des dizaines de rencontres et de colloques, publié des centaines d’articles. Elle a donné des instruments de travail sur de grandes correspondances : Proust, Rousseau, Diderot, Pauhlan, Céline…
Quels sont les domaines ou thèmes de la correspondance en cours d’exploration ?
Beaucoup de domaines sont en cours d’exploration. Actuellement, on s’intéresse de plus en plus aux correspondances des artistes, musiciens, peintres et aussi à celles des cinéastes : Truffaut, Renoir... La revue Épistolaire a exploré des voies thématiques (amitié, amour, mélancolie, etc.) ou monographiques. La question de l’évolution de la forme : la lettre et la politesse, le billet, la lettre ouverte, la consolation, la rupture s’offrent également à la réflexion.
Avez-vous le sentiment que le public s’intéresse de plus en plus à la correspondance ?
Ce que l’on constate d’abord, c’est que l’on n’a jamais autant publié de correspondances et d’écrits ayant trait à la vie privée. Ce goût va de pair avec la recherche de repères. On se pose des questions : comment nos prédécesseurs ont-ils vécu ?
Comment voyez-vous l’avenir de la correspondance écrite face à l’explosion de l’e-mail ?
On prédit la mort de la lettre depuis l’avènement du télégramme, voire de la carte postale, mais pour la première fois l’e-mail concurrence la lettre-papier avec une instantanéité de la transmission jamais vue. En cela, le courriel renouvelle la métaphore très ancienne (Cicéron) de lettre comme « conversation des absents ».
La faiblesse du mail est sa confidentialité toujours menacée. Cette absence de secret doit implicitement peser sur les échanges.
Un de vos coups de coeur ?
Je lis toutes sortes de lettres pour mon travail mais aussi pour le plaisir. L’une de mes lectures favorites est la correspondance de Dashiell Hammett, publiée sous le titre français, La Mort, c’est pour les poires, merveilleuse de drôlerie, de pudeur dans les situations les plus difficiles. J’apprécie également les lettres de Louise de Vilmorin étincelantes de fantaisie. Je suis sensible à l’originalité des formules de conclusion pour lesquelles il est si difficile de briller.
Épistolaire, la revue de l’Association interdisciplinaire sur l’épistolaire est vendue au prix de 28 € à la Librairie Champion, à Paris, 3, rue Corneille, 75006
Paris. Tél. : 01 46 34 07 29 - Fax : 01 46 34 64 06 ou par le site de la revue :
www.epistolaire.org
Propos recueillis par Christophe Dorny
Comment devient-on spécialiste en épistolaire ?
On le devient certainement parce qu’on a le goût de lire des lettres et dès lors que l’on comprend que la correspondance est infiniment plus riche que la fiction. Toutes les virtualités des situations sont contenues dans une lettre : les choix à faire, les occasions non réalisées, les carrefours d’une vie, les incidents.
Présentez-nous la revue Épistolaire ?
La revue Épistolaire, fondée vers 1987, a cherché à rassembler les quelques chercheurs isolés qui s’intéressaient à la lettre. En vingt ans, elle a fédéré des recherches considérables, a organisé des dizaines de rencontres et de colloques, publié des centaines d’articles. Elle a donné des instruments de travail sur de grandes correspondances : Proust, Rousseau, Diderot, Pauhlan, Céline…
Quels sont les domaines ou thèmes de la correspondance en cours d’exploration ?
Beaucoup de domaines sont en cours d’exploration. Actuellement, on s’intéresse de plus en plus aux correspondances des artistes, musiciens, peintres et aussi à celles des cinéastes : Truffaut, Renoir... La revue Épistolaire a exploré des voies thématiques (amitié, amour, mélancolie, etc.) ou monographiques. La question de l’évolution de la forme : la lettre et la politesse, le billet, la lettre ouverte, la consolation, la rupture s’offrent également à la réflexion.
Avez-vous le sentiment que le public s’intéresse de plus en plus à la correspondance ?
Ce que l’on constate d’abord, c’est que l’on n’a jamais autant publié de correspondances et d’écrits ayant trait à la vie privée. Ce goût va de pair avec la recherche de repères. On se pose des questions : comment nos prédécesseurs ont-ils vécu ?
Comment voyez-vous l’avenir de la correspondance écrite face à l’explosion de l’e-mail ?
On prédit la mort de la lettre depuis l’avènement du télégramme, voire de la carte postale, mais pour la première fois l’e-mail concurrence la lettre-papier avec une instantanéité de la transmission jamais vue. En cela, le courriel renouvelle la métaphore très ancienne (Cicéron) de lettre comme « conversation des absents ».
La faiblesse du mail est sa confidentialité toujours menacée. Cette absence de secret doit implicitement peser sur les échanges.
Un de vos coups de coeur ?
Je lis toutes sortes de lettres pour mon travail mais aussi pour le plaisir. L’une de mes lectures favorites est la correspondance de Dashiell Hammett, publiée sous le titre français, La Mort, c’est pour les poires, merveilleuse de drôlerie, de pudeur dans les situations les plus difficiles. J’apprécie également les lettres de Louise de Vilmorin étincelantes de fantaisie. Je suis sensible à l’originalité des formules de conclusion pour lesquelles il est si difficile de briller.
Épistolaire, la revue de l’Association interdisciplinaire sur l’épistolaire est vendue au prix de 28 € à la Librairie Champion, à Paris, 3, rue Corneille, 75006
Paris. Tél. : 01 46 34 07 29 - Fax : 01 46 34 64 06 ou par le site de la revue :
www.epistolaire.org
Propos recueillis par Christophe Dorny