Les écrits des poilus traverseront l’Histoire

Les écrits des poilus traverseront l’Histoire

Il y a quatre-vingt dix ans, la guerre de 1914-1918 prit fin. Cette commémoration 2008 est l’occasion de s’interroger sur la mémoire collective de la Grande Guerre. Les lettres de soldats, en France ou à l’étranger, demeureront à jamais des pièces d’écriture hors du commun.

Depuis quelques années, c’est bien le thème de la mémoire qui mobilise l’historiographie contemporaine de la Première Guerre mondiale. Comment femmes et hommes, contemporains ou pas des tranchées, ont-ils pensé ce conflit ? Comment s’est forgée la mémoire que nous en avons aujourd’hui ? Avec le décès en début d’année du dernier des « poilus », Lazare Ponticelli, à 110 ans, une page d’histoire s’est donc tournée définitivement. Cet homme représentait le seul lien physique qui nous rattachait à l’un des conflits les plus terribles qu’ait connu la France. Pour l’occasion, la Nation lui a rendu un hommage national.
Dans la masse d’études produites (50 000 ouvrages sur la Première Guerre mondiale auraient été inventoriés à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Nanterre !), les fameuses lettres de poilus, en tant que témoignages directs, continuent d’exercer auprès d’un public très diversifié un attrait considérable. On se souvient, en 1998, de l’appel de Radio France visant à collecter, sous la direction de Jean-Pierre Guéno, les lettres d’anonymes jusqu’ici éparpillées (1). Sur Internet des descendants de combattants continuent régulièrement de mettre en ligne les lettres retrouvées dans les archives familiales (2)  .
Pour les plus jeunes, les ministères de l'Éducation et de la Défense en France ont proposé aux enseignants de faire travailler les élèves sur la vie d'un ou plusieurs soldats morts pendant la Grande Guerre.

Rien qu’en France, il resterait, selon les historiens, énormément de documents à exploiter. On estime à 8 millions le nom- bre de lettres de poilus ! Une initiative intéressante est en cours chez nos anciens alliés. Un appel public a ainsi été lancé outre-Manche pour recenser tous les objets, documents (photographies, lettres, poèmes, journaux intimes, témoignages sonores et oraux) relatifs aux conditions de vie pendant la Première Guerre mondiale en Écosse. L’objectif est de créer les « Archives de la Grande Guerre » sous forme d’un musée virtuel, « un moyen de préserver pour la nation la mémoire des hommes et des femmes
de Grande-Bretagne qui ont combattu ou ont vécu la Première Guerre mondiale au front ou en service actif
», précise Stuart Lee, le responsable du programme.


Christophe Dorny

1 Elles ont fait l’objet d’un ouvrage dans la collection « Librio » devenu rapidement un classique du genre.

2 Le Journal du Dimanche, 13 janvier 2008 et le blog de Bill Lamin : www.wwar1.blogspot.com