Actualités

Plume N° 64

Perles rares

Quand s’achève une saison littéraire (et la rentrée dite de janvier est presque aussi importante que celle de septembre : plus de 500 romans), on a toujours le regret de voir s’échapper quelques perles des filets que remontent les pêcheurs professionnels, à savoir les critiques littéraires. D’où l’utilité de cette petite revue de ce qui m’a plu et de ce qui, à mon sens, n’a pas été assez aidé.


À commencer par un roman traité en thriller, donc très haletant, mais aussi très documenté. Tout est vrai, ou presque dans Le gué du tigre de Philippe Dessertine. Il nous raconte ce qui s’est passé dans la ville de Chengdu, en Chine, le 6 février 2012, lorsqu’un policier chinois fort introduit dans les hautes sphères du pouvoir pénètre dans le consulat américain et tente de se faire exfiltrer vers les États-Unis. C’est remarquable de précision, mais aussi de psychologie. Et pourtant il s’agit d’un premier roman, rédigé par un professeur d’économie qui jusqu’alors s’était essentiellement signalé par des ouvrages dans sa discipline. [...]

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La grande rafle nazie des manuscrits

Le problème n’est pas nouveau et était connu mais sa prise en compte est récente. Elle illustre parfaitement la montée de l’intérêt porté au patrimoine culturel écrit aux côtés d’autres trésors artistiques. Il s’agit de manuscrits saisis ou de bibliothèques dispersées au cours des années 1930 et 1940.


Les nazis, contrairement à une idée reçue, n’ont pas brûlé tous les livres. Les sinistres autodafés étaient destinés à frapper les esprits et à imposer des interdits de lecture. Les rapports du régime hitlérien avec le livre sont donc bien plus complexes. Un élément longtemps sous-estimé est maintenant pris en compte, c’est la spoliation de bibliothèques entières, publiques parfois, mais surtout en mains privées. La main basse sur les œuvres d’art n’a pas épargné l’écrit. Il est donc normal que Plume, le magazine de tous les écrits, se passionne pour la recherche des manuscrits et bibliothèques dispersés ou perdus à cause des nazis.

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Paris, rendez-vous international du livre ancien

Le Salon international du livre ancien, de l’estampe et du dessin, qui se déroulera dans la nef du Grand Palais du 26 au 28 avril, accueille la Bibliothèque du Museum national d’Histoire naturelle qui présente quelques-uns de ses trésors. C’est donc tout naturellement le thème du cosmos, de la biodiversité et de l’homme dans son environnement qui est le fil conducteur de cette 25e édition.


Encore largement méconnue, la Bibliothèque du Museum national d’Histoire naturelle est pourtant l’une des plus importantes au monde dans son domaine. Y sont ainsi conservés la quasi-totalité des grands traités et des ouvrages de référence dans ses disciplines fondatrices, une exceptionnelle collection de livres à figures en botanique et en zoologie, la plupart des grands récits de voyages accompagnés de leurs atlas, de très beaux livres sur l’art des jardins, et surtout un ensemble unique au monde, la « collection des Vélins du Muséum » qui réunit quelque 7 000 aquarelles de botanique et de zoologie, exécutées sur peau de veau mort-né par les peintres en miniature royaux de l’Ancien régime, puis par les maîtres de dessin du Muséum. Livres, estampes, cartes, manuscrits, archives, photographies, dessins, médailles, peintures, sculptures, instruments scientifiques et objets de collection forment un ensemble de deux millions d’œuvres de toute nature. Parmi celles qui seront exposées au Grand Palais, mentionnons un livre de botanique de Besler, l’Histoire naturelle des oiseaux de Buffon, l’Histoire de la nature des oiseaux de Belon, une aquarelle sur vélin de Redouté. La Bibliothèque nationale de France montrera quant à elle une sélection de dessins et d’estampes de la Renaissance à nos jours sur le thème de la représentation des plantes et des animaux. La Fédération des Villages du livre en France sera également présente. Rappelons que cette fédération regroupe les huit villages du livre actuellement existants : Ambierle, Bécherel, Cuisery, Esquelbecq, Fontenoy-la-Joute, La Charité-sur-Loire, Montmorillon et Montolieu.

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Art Square : le patrimoine écrit au coeur du salon du livre

AU CŒUR DU SALON DU LIVRE


C’est à un véritable parcours à travers le livre d’art et de collection que nous convie cette année le Salon du livre de Paris, sur un nouvel espace baptisé « Art Square » qui fait suite à « Trésors de livres » créé en 2012. Du 22 au 25 mars, le 33e Salon du livre, l’un des plus importants au monde après la Foire de Francfort, met également à l’honneur Barcelone, ville invitée cette année, les lettres roumaines avec la présence de 27 auteurs, l’édition culinaire sur une surface de 600 m2, la bande dessinée avec entre autres les 20 ans de Titeuf et les 75 ans de Spirou.


Pour la deuxième année consécutive, le Salon du livre réserve un espace dédié aux trésors du patrimoine écrit, avec la présence de plusieurs professionnels majeurs : éditeurs de livres d’artistes (Le Petit Jaunais, Benoit Janninck, Transignum…), artistes du livre (Serge Chamchinov, Marianne Montchougny, Kate Van Houten…), relieurs d’art (Véronique Sala-Vidal), éditeurs de livres d’art, éditeurs de fac-similés de haute qualité (Moleiro), éditeurs de beaux livres illustrés (Les Heures Claires), libraires de livres anciens et modernes, galeries d’estampes. Autre nouveauté d’Art Square, résolument orienté vers les bibliophiles, une librairie où seront proposés des tirages de tête des grands textes de la littérature… 
Le Musée des Lettres et Manuscrits, qui soutient et fait rayonner le patrimoine écrit depuis le début des années 2000, sera à nouveau accueilli cette année, avec une exposition réunissant quelques-uns de ses plus beaux fleurons bibliophiliques : livres d’Heures, incunables, atlas du monde, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, grands livres de peintres et prestigieuses reliures d’art. Un florilège de lettres et manuscrits, en rapport avec les thèmes développés par le Salon 2013, provenant des collections de ce musée, sera en outre présenté en parallèle. Mentionnons pour la gastronomie, la préface manuscrite
d’Apollinaire pour l’Heptaméron des Gourmets d’Edouard Nignon, et pour Barcelone, un manuscrit autographe de Salvador Dali. Plusieurs documents de premier choix se rapportant au Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry seront en outre exhumés des collections du musée pour célébrer les 70 ans de la parution de ce chef-d’œuvre de la littérature mondiale du XXe siècle publié pour la première fois à New York en mars 1943. 35 000 professionnels, 1200 exposants, 2 000 auteurs, 190 000 visiteurs et 45 pays sont attendus cette année pour cette nouvelle édition d’un salon devenu un rendez-vous incontournable pour les lecteurs et amateurs bibliophiles de tous horizons.

PASCAL FULACHER


CONCOURS ETUDIANTS
Les quelques 12 000 étudiants attendus sur le salon cette année, sont invités à participer à un jeu-concours à l’issue duquel ils pourront gagner des cadeaux : ouvrages et catalogues, abonnements à Plume, magazine du patrimoine écrit, entrées gratuites au Musée des Lettres et Manuscrits et aux ateliers de calligraphie proposés par le musée.

 

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Jean de Gonet, reliures de création

Rares sont les expositions de reliures d’art à la Bibliothèque nationale de France. Celle que propose l’institution ce printemps est hors norme. Pour la première fois, et après celle consacrée à Monique Mathieu voici déjà plusieurs années, la BnF programme une rétrospective de l’œuvre reliée de Jean de Gonet, un artiste-relieur d’un immense talent qui a débuté sa carrière dans les années 70.


Ce sont pas moins de 160 reliures de Jean de Gonet, de 1974 à 2010 qui sont ainsi présentées montrant la très grande variété de matériaux et de techniques employés, et surtout l’inventivité constante de cet autodidacte qui a littéralement révolutionné l’art de la reliure en cette fin du XXe siècle. Après avoir acquis le savoir-faire nécessaire à tout bon relieur qui se respecte, il n’a cessé de perfectionner sa technique tout en la réinventant, avec rigueur et détermination, s’inspirant de techniques ancestrales qu’il adapta à l’esthétique de notre temps. Restituer au livre sa véritable fonctionnalité, celle de le rendre agréable, tant au toucher qu’à la vue, et accessible en facilitant au mieux son ouverture, tel est le credo de ce relieur, artisan et artiste tout à la fois. Travaillés séparément, les deux plats de la reliure ensuite rattachés au dos par une couture visible, offrent ainsi une surface appropriée à tous types de créations. L’art de J. de Gonet réside dans cette subtile alchimie mêlant techniques et matières les plus diverses : peaux en tous genres (veau, box, vachette, parchemin, porc, galuchat, roussette…), bois plus ou moins précieux (buis, pin, ébène, wengué, teck, padouk, if…), ardoise, caoutchouc, dentelle, toile, carbone, kevlar, goitre de dinde, medium, monotype, moulage, gaufrage, peinture, teinture, ponçage, estampage... Parvenant à se forger un style, reconnaissable entre tous, se répétant rarement, il a montré la voie à une nouvelle génération de relieurs, leur révélant de nouvelles pratiques tant au niveau du surfaçage des cuirs que des structures de couture. Renouvelant sans cesse l’esthétique de ses reliures, il s’est imposé comme un artiste novateur, capable d’intervenir sur des ouvrages très anciens du XVe siècle, les pérennisant tout en les sublimant. Nombre de bibliophiles parmi les plus exigeants lui ont confié leurs ouvrages précieux, sachant que la reliure de de Gonet serait à la hauteur de leurs espérances, voire les dépasserait. Devenu une griffe de prestige, la reliure signée
J. de Gonet, est un gage de garantie, digne des plus grands couturiers de l’art français. Grâce à lui et à son talent, la reliure a connu une nouvelle vie, une nouvelle peau, qui redonne au livre toute sa dimension esthétique et pratique.

PASCAL FULACHER


« JEAN DE GONET, RELIEUR », EXPOSITION DU 16 AVRIL AU 21 JUILLET A LA BNF/FRANÇOIS MITTERRAND, GALERIE FRANÇOIS 1er, QUAI FRANÇOIS MAURIAC, PARIS 13e.
CATALOGUE SOUS LA DIRECTION D’ANTOINE CORON AVEC TEXTES DE FABIENNE LE BARS, GILBERT LASCAULT ET JEAN DE GONET, 360 P., 150 ILL., 39 €.

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Concours d'ex-libris autour de Louis Feuillade

Créer un ex-libris qui aurait pu être celui de Louis Feuillade, célèbre réalisateur du cinéma muet né à Lunel en 1873, tout un programme pour les artistes qu’ils soient graveurs, dessinateurs, peintres ou illustrateurs, voire passionnés de PAO. Par ex-libris, il faut entendre une petite étiquette ou marque de possession destinée à être apposée à l’intérieur d’un livre par son propriétaire. Cette étiquette, de petite dimension (10 x 7,5 cm tout au plus) doit obligatoirement comporter le nom du possesseur suivi de la mention « ex-libris ». Apparu au XVIe siècle avec les premiers livres imprimés, l’ex-libris évolua au fil des siècles : armes, objets emblématiques, figures humaines ou animales, se succédèrent, indiquant la personnalité du propriétaire du livre, voire ses goûts et son univers. Ce concours, lancé par l’association « Les Amis du Fonds Médard » dont le but est de contribuer à la notoriété du Fonds Louis Médard, importante bibliothèque de livres rares et anciens constituée par Louis Médard (1768-1841), est ouvert à tous, et à toutes les techniques. Seule règle, respecter les dimensions d’un ex-libris et faire figurer la mention « ex-libris de Louis Feuillade ». Le concours est doté d’un prix de 1 000 €, d’un autre prix de 500 €, puis d’un autre de 250 € pour la catégorie junior (moins de 18 ans) et fera l’objet de deux expositions à l’automne prochain.


POUR TOUTES INFORMATIONS ET INSCRIPTIONS : amisdufondsmedard@sfr.fr
TEL. : 04 67 71 29 71

PASCAL FULACHER

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La correspondance de Juliette Drouet et Victor Hugo mise en ligne

Compagne de Victor Hugo pendant plus de 50 ans, Juliette Drouet lui envoya près de 20 000 lettres. Cette correspondance rédigée entre 1833 et 1883, qui est dans l’ensemble inédite, va être progressivement mise en ligne sur un site internet qui lui sera intégralement dédié par le Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter de l’Université de Rouen. Une cinquantaine de chercheurs, d’étudiants, de professeurs et de biographes des deux protagonistes vont fournir des transcriptions annotées de ces lettres avec une contextualisation historique, des informations sur les personnes citées et des illustrations. Cette correspondance mise ainsi à la disposition du public provient majoritairement de la BnF et de la maison Victor Hugo, ainsi que de collections privées. Ces lettres permettent de suivre l’évolution de la relation entre Juliette Drouet et Victor Hugo. Elle, qui lui écrivait quotidiennement, lui rendait en effet compte de ses journées et de ses pensées. Hugo conserva l’intégralité de ces lettres et à la mort de sa compagne, il les confia au neveu de Drouet. Viennent d’être mises en ligne concernant la période 1836-1877, 790 premières lettres. Ce site est donc à découvrir et à redécouvrir au fur et à mesure des publications pour les passionnés d’histoire !
www.juliettedrouet.org


SEGOLENE LHOMMEE

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Reconstituer la vérité

La chute du bloc communiste au début des années 1990 n’a pas encore livré tous ses secrets. Parmi les « démocraties populaires » comme on les appelait alors, figurait la République Démocratique Allemande, nommée aussi Allemagne de l’Est. Un régime dur, brutal, illustré par sa police politique, la Stasi (Staats Sicherheit : Sûreté d’État).


La RDA a officiellement été créée en 1949. La Stasi a commencé ses activités l’année suivante, en 1950. L’occasion était donc unique de pouvoir connaître l’activité d’un appareil d’état pendant quarante ans. Mais alors que l’Allemagne de l’Est d’Erich Honecker plie sous le poids des manifestations et du mécontentement à la fin de l’année 1989, les fonctionnaires de la Stasi continuent d’agir dans l’ombre, à la demande du pouvoir.
Détruire les preuves
Le but est de détruire toute preuve de l’oppression organisée par le régime. Il faut donc faire disparaître les archives de la Stasi et de la RDA : noms des agents infiltrés, des indicateurs, dossiers constitués sur les citoyens, opérations secrètes. Tout est passé aux déchiqueteuses, tellement utilisées que le travail sera d’ailleurs terminé à la main. Des millions de documents ont donc ainsi été déchirés. Vingt-trois ans plus tard, on estime que ces archives constituent de 16 000 à 17 000 sacs, représentant environ 16 millions de pages.

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Les réprouvés des lettres

La période des années 1940 est chargée sur le plan littéraire, à tous points de vue. Entre l’éclatement sur la scène publique de Sartre et Camus, la nostalgie surannée d’une certaine littérature pour les lettres de Proust, Barrès ou Paul Bourget, sortis de scène, et l’écriture ciselée de Mauriac, les outrances de certains auteurs français restent comme une souillure indélébile. Céline, Rebatet, Drieu, Morand, Chardonne, des noms autrefois conspués et qui, aujourd’hui, l’histoire ayant accompli son travail, reviennent pour ce qu’ils sont : des écrivains ou presque.


Parmi les brûlots les plus scandaleux de cette époque, figure la correspondance que Jacques Chardonne et Paul Morand, qui fut ambassadeur de Vichy, échangèrent entre 1949 et 1968. Trois mille lettres qui devaient initialement être publiées en l’an 2000. Dans les profondeurs du gouffre sans fond de l’épuration littéraire, à la Libération, ils en sortent grâce à de jeunes prodiges des années 1950, « Les Hussards » : Roger Nimier, Michel Déon, François Nourissier et quelques autres. Morand se voit refuser l’Académie en 1958, bloqué par le président de la République, Charles de Gaulle, protecteur de l’Académie. De guerre lasse, il obtient l’habit vert en 1968 mais reste un auteur sulfureux. Ces lettres, conservées dans le secret d’une bibliothèque suisse, ont longtemps été couvées par Gallimard avec l’encombrante question de la publication de la correspondance privée entre deux « collabos », notoirement antisémites et homophobes, avec les dérives épistolaires que cela suppose.

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Louis Vuitton, le luxe et la Plume

La maison Louis Vuitton, emblème du luxe français, mondialement connue pour sa maroquinerie siglée, a toujours aimé diversifier ses activités. Elle s’intéresse aujourd’hui de près à l’écrit, une passion ancrée dans la tradition familiale.


Fort d’une première manifestation littéraire, l’hiver dernier, intitulé « L’écriture est un voyage », le célèbre malletier embarque pour un second périple. À nouveau située sur les lieux de l’ancienne librairie La Hune, boulevard Saint Germain, cette nouvelle édition est consacrée à la correspondance. Des lettres issues des collections de l’IMEC, d’auteurs aussi divers que Cocteau, Léonor Fini, Jean Paulhan…, sont présentées jusqu’au 17 juin, accompagnées de tableaux du lettrisme ou des cadavres exquis dessinés par Desnos, Breton et autres surréalistes. Conseillère éditoriale de l’espace, Laure Adler anime des rencontres aux cours desquelles ses invités lisent des extraits de correspondances (le 8 avril, Lou Doillon lira les Poèmes à Lou d’Apollinaire,  le 13 mai, Philippe Sollers lira des lettres de James Joyce à sa femme Nora…). La journaliste a également constitué une bibliothèque d’une centaine de correspondances choisies, proposées à la vente (Correspondances de Marcel Proust, Lettres à Sartre de Simone de Beauvoir…).

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Prières exaucées pour les fans de Truman Capote

L’écrivain américain n’a jamais terminé son dernier roman, Prières exaucées, fatigué par une vie bien remplie. Publié à titre posthume mais incomplet, en 1987, le livre fut un échec. Sam Kashner, du magazine Vanity Fair, vient de faire une découverte extraordinaire. Il a retrouvé un extrait de 6 pages en fouillant dans le département des manuscrits et des archives de la New York Public Library. Ce court récit s’intitule Des Yachts et des choses (Yachts and Things) et parle de deux amis sur le point d’entreprendre une croisière de trois semaines en Méditerranée. si courte qu’elle soit, chaque pièce retrouvée de ce roman est importante. Roman à clefs maladroit, les personnes croquées dans cet ouvrage le vécurent assez mal et sur la fin de sa vie, Truman Capote, mondain au possible, se retrouva en marge de la haute société américaine qu’il affectionnait tant. L’un des personnages de cette nouvelle retrouvée serait Katherine Graham, patronne du tout-puissant Washington Post, journal qui précipita la chute de Richard Nixon avec le Watergate. Truman Capote voulait que son roman soit la Recherche version américaine avec Jackie Kennedy en héroïne. Il faudra attendre mi-novembre pour lire ces 6 pages.

Sébastien Zaaf

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Kipling dans la jungle des livres

Une collection de plus de cinquante poèmes inédits de l’écrivain britannique Rudyard Kipling, auteur du Livre de la jungle, est publiée par la maison d’édition de l’Université de Cambridge. Les manuscrits rassemblés par l’universitaire américain Thomas Pinney étaient éparpillés dans divers endroits aux États-Unis dont une maison de Manhattan, où des poèmes ont été découverts à l’occasion de travaux. Ces poèmes vont être publiés en même temps que 1300 autres en mars 2013, formant ainsi l’intégrale des vers de Kipling. Si ce dernier est surtout connu pour son œuvre romanesque (merci Walt Disney), les férus de littérature n’oublient pas que son œuvre poétique est sans doute l’une des plus passionnantes de son époque. C’est d’ailleurs ce talent poétique qui lui valut d’être récompensé en 1907 par le très prestigieux prix Nobel de littérature. Beaucoup de ces poèmes inédits sont très contemporains dans les préoccupations qui apparaissent. L’un d’eux est d’ailleurs consacré au pouvoir intrusif de la presse dans la vie privée des célébrités et quelques-uns portent sur la grande tragédie de la Première Guerre, qui vit Kipling perdre son fils qu’il avait un peu forcé à s’engager. Cette publication est très attendue. Kipling figure toujours parmi les auteurs préférés des Britanniques.

Sébastien Zaaf

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L'Ecume des jours, du roman au film (1946-2013)

Du 4 avril au 31 août, le Musée des lettres et manuscrits présente en partenariat avec la « Cohérie BV », Brio Film et Studio Canal, un accrochage consacré à l’un des plus mythiques romans de la littérature française L’Écume des jours. Cette présentation est proposée à l’occasion de la sortie en salles le 24 avril du film de Michel Gondry.

Du 4 avril au 31 août, le Musée des lettres et manuscrits présente en partenariat avec la « Cohérie BV », Brio Film et Studio Canal, un accrochage consacré à l’un des plus mythiques romans de la littérature française L’Écume des jours. Cette présentation est proposée à l’occasion de la sortie en salles le 24 avril du film de Michel Gondry.
Colin rencontre Chloé. Ils s’aiment. Ils se marient. Chloé tombe malade. Colin se ruine pour la guérir. Le médecin ne peut la sauver. Chloé meurt. Colin ne vivra plus très longtemps. » Cette histoire d’amour d’une simplicité sublime est rédigée, presque d’un jet, en avril 1946 par Boris Vian. L’Écume des jours est son premier vrai roman. S’éloignant  volontairement des codes littéraires de l’époque, Vian, alors ingénieur, insuffle à ses lignes la fantaisie verbale, l’invention, l’incroyable et l’humour, une histoire portée par les rythmes du jazz américain. Ouvrage incompris lors de sa parution en 1947, il est devenu avec le temps un incontournable de la littérature adolescente. L’Écume des jours est un roman linéaire, débordant de musique et d’images cinématographiques, mais difficile de l’envisager en film ! Michel Gondry, réalisateur à l’imagination foisonnante dont  la technique ludique adhère parfaitement à l’esprit du roman, relève le défi. Les vitrines du Musée des lettres et manuscrits vous feront pénétrer dans l’univers Vian-Gondry, avec par exemple la présentation d’une édition originale, avant-propos manuscrit, dessins, croquis de Michel Gondry, photographies de plateau, objets du film… ou comment découvrir la genèse du « plus poignant des romans d’amour contemporains » (Raymond Queneau).

Estelle Gaudry

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Petit Prince du livre

A l’occasion des 70 ans du Petit Prince, celui-ci va à nouveau envahir les rayons des librairies. Gallimard et Gallimard Jeunesse vont éditer en Folio un coffret livre original avec cahier tiré à part de dessins du Petit Prince avec un nouveau design de la boîte, une nouvelle biographie d’Antoine de Saint-Exupéry par Virgil Tanase, un ebook enrichi ainsi qu’une édition du fac-similé du manuscrit original de la Morgan Library avec transcriptions et notes. Mais par-dessus tout, les spécialistes et curieux en tout genre doivent guetter la parution de l’ouvrage « La fabuleuse histoire du Petit Prince ». Véritable guide de l’œuvre, il reprend ce que l’on appelle la Bible de Travail, répertoire minutieusement documenté sur l’ouvrage constitué par la Succession Saint-Exupéry d’Agay. Cette année 2013 appartient au Petit Prince alors que l’année 2014 appartiendra à Saint-Exupéry à l’occasion des 70 ans de sa disparition. Le Petit Pince et l’aviateur reviennent pour le plus grand bonheur des petits et des grands.

Sébastien Zaaf

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Plume N° 63

Tombouctou : la guerre des manuscrits aura-t-elle lieu ?

Nous avons évoqué ce sujet il y a six mois. Six mois de perdu face à l’inévitable, une intervention militaire maintenant évoquée et admise, mais qui tarde. Une action militaire internationale, sous direction africaine mais avec l’appui logistique de membres de l’ONU dont, au premier chef, la France, en raison de son rôle historique régional, paraît indispensable au Mali. (voir dans la rubrique En Direct notre entretien avec J.-M. Djian.)

L’objectif est bien entendu d’éradiquer une menace terroriste de première grandeur représentée par la prise de contrôle du nord du pays par des islamistes radicaux qui se revendiquent d’Al Qaïda. Pour ce genre d’opérations, il faut toujours aujourd’hui des raisons morales. Elles sont le plus souvent humanitaires. On pense à la protection des populations civiles en Libye par exemple. Pour la première fois, cependant, l’ONU pourrait donner son feu vert à une opération militaire pour causes culturelles. Une première mondiale autour de la préservation d’un trésor écrit de l’humanité : les manuscrits de Tombouctou.

Plume N° 63 Rubrique : Zoom sur...

Un hôtel des lettres au coeur du désert

La Mamounia est l’hôtel des lettres depuis maintenant trois années avec son prix littéraire qui récompense un écrivain marocain de langue française.

Au cœur de la Medina de Marrakech, cet hôtel a une histoire peu commune. Ouvert en 1923, il a accueilli en son sein Paul Valéry, le Général de Gaulle, Winston Churchill, Jacques Brel, Édith Piaf, Gary Cooper, Michèle Morgan et tant d’autres. Alfred Hitchcock et James Stewart y passèrent brièvement le temps du tournage de l’Homme qui en savait trop.

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Le devenir du patrimoine typographique, de Gutenberg au numérique

Du 11 au 13 octobre 2012 s’est tenu le congrès bisannuel de l’AEPM, association des musées européens de l’imprimerie. Son point d’orgue a été un colloque consacré aux enjeux de la conservation, de l’étude et de la valorisation du patrimoine typographique, où des spécialistes du secteur, venus de tous les pays, ont fait le point sur leurs recherches. L’endroit choisi pour cette rencontre, le musée de l’imprimerie de Lyon, était particulièrement adapté, de par sa très riche collection tout comme son cadre historique, un hôtel du XVe siècle, ancienne mairie de la ville. 

L’évolution de la typographie peut schématiquement être divisée en deux grandes périodes, très inégales en temps : « l’âge du plomb », des origines aux années 1970, où les caractères en plomb constituent la base du métier ; l’ère de la dématérialisation, avec l’invention de la photocomposition, puis l’arrivée du numérique. 

Plume N° 63 Rubrique : Zoom sur...

Chasser la baleine avec le jeune Arthur Conan Doyle

Arthur Conan Doyle a 20 ans en 1880, période à laquelle la chasse à la baleine bat son plein et représente une activité lucrative très courue. Alors jeune étudiant en médecine, il est enrôlé sur un baleinier comme chirurgien. En effet, compte tenu des risques encourus lors de la traversée, il n’était pas rare que les équipes de pêcheurs comptent un médecin parmi leurs rangs. C’est ainsi qu’en février 1880, le jeune Arthur embarque pour six mois sur le baleinier L’Espoir. Il décide alors de consigner chaque journée passée sur le bateau dans un journal de bord qui ne le quittera pas. Souvent illustré de croquis, ce manuscrit est un document précieux et rare de la jeunesse du créateur de Sherlock Holmes. Longtemps conservé dans les archives de la British Library, ce document est aujourd’hui publié sous forme de fac-similé reproduisant à l’identique le journal du jeune médecin. Sobrement intitulé « Dangerous Work : Diary of an artic adventure » (Dangereux travail : Journal d’une aventure arctique), l’édition est complétée par deux nouvelles d’Arthur Conan Doyle que l’on peut facilement lier avec les aventures océaniques de leur auteur : une première mettant en scène Sherlock Holmes et une victime tuée au harpon, une seconde relatant les aventures fictives d’un médecin sur un baleinier.Une belle édition permettant de partir à l’aventure avec l’un des plus célèbres auteurs anglais du XIXe siècle.

Charlotte Meunier

Dangerous Work : Diary of an artic adventure

d’Arthur Conan Doyle sous la direction de Jon Lellenberg et Daniel Stashower, éditions University of Chicago Press, 368 p., 30 €.

 

 

Plume N° 63 Rubrique : Zoom sur...

Eluard, le poète

Le 2 février 2013 s’ouvrira une exposition au Palais Lumière à Évian consacrée à la vie et l’œuvre de Paul Éluard. Poète français, humaniste, ami des artistes et homme engagé, Éluard est une figure incontournable de la première moitié du XXe siècle. En huit chapitres, l’exposition donne une nouvelle approche de l’homme et de l’écrivain à travers des objets personnels et la reconstitution de son bureau et de sa bibliothèque avec ses manuscrits et ses ouvrages. Des Premiers poèmes signés de son véritable patronyme Eugène Grindel en 1913 aux poésies de la résistance avec Liberté, en passant par les poésies d’amour, le visiteur pourra se plonger dans l’œuvre littéraire du poète ainsi que dans son univers artistique. Fervent collectionneur de peintures, Éluard était l’ami des plus célèbres artistes de son temps : Hans Arp, Salvador Dalí, Pablo Picasso, Georgio de Chirico, Max Ernst, Man Ray, Jean Cocteau ou encore Alberto Giacometti. Grâce à la collection du musée d’art et d’histoire de Saint-Denis (Éluard avait fait une importante donation à sa ville natale après la guerre) et de nombreux prêts de collectionneurs et d’institutions, l’exposition présente de nombreux manuscrits, des éditions originales, des dessins et des peintures permettant d’aller à la rencontre de deux grands thèmes chers au poète : l’amour et la liberté.  SEGOLENE LHOMMEE PAUL ELUARD - AMOUR, POESIE ET LIBERTEPALAIS LUMIERE, 74500 EVIANDU 2 FEVRIER AU 26 MAI 2013.

Plume N° 63 Rubrique : Zoom sur...

Nobel et manuscrits

Le prix Nobel 2012 a été décerné à un écrivain chinois, Mo Yan. Sur le marché, ses manuscrits ont pris une valeur considérable. Une vague de collection de ses manuscrits est sans doute en train d’apparaître. Mo Yan aurait aussi apparemment écrit à la main le texte de plus de 200 000 caractères d’un téléfilm qui n’a jamais été réalisé. Un homme d’affaires de Pékin aurait vu sa proposition de 150 000 euros déclinée. Les manuscrits traditionnels disparaissent progressivement. Mo Yan et Jia Ping’ao sont les seuls parmi les écrivains chinois à continuer à écrire à la main. Leurs manuscrits deviennent donc de plus en plus précieux. En attendant peut-être d’acquérir l’un des manuscrits de Mo Yan, vous pouvez découvrir les textes de cet auteur aux Éditions Points, qui ont déjà publié pas moins de neuf romans. Quatre-vingts romans, essais et nouvelles composent son œuvre qui se rattache à la « Quête des racines », un mouvement littéraire chinois qui place ses récits dans les années 1930 et dans la région d’origine de l’auteur. C’est dire si les collectionneurs ont du pain sur la planche avec autant de manuscrits possibles à l’acquisition. 

SEBASTIEN ZAAF

Plume N° 63 Rubrique : Zoom sur...

Prix de reliure Louis Jou

Avis aux artistes relieurs ! La Fondation Louis Jou, dont la vocation est de défendre la mémoire du célèbre éditeur, imprimeur, illustrateur et graveur Louis Jou (1880-1968), lance un concours de reliure ouvert à tous, amateurs et professionnels, français ou étrangers. Le principe de ce concours, qui a pour titre « Prix de reliure Louis Jou », repose sur la reliure de l’ouvrage Correspondance, qui relate les échanges épistolaires entre Louis Jou et André Suarès entre 1917 et 1948. L’originalité de la création, la qualité de la réalisation ainsi que l’adéquation de la reliure au texte  seront les principaux critères de sélection du jury. La date limite d’inscription a été fixée au 31 janvier 2013 tandis que les œuvres devront parvenir à l’organisateur avant le 30 mai 2013. Ce concours sera doté de trois prix respectivement de 1 000 €, 750 € et 500 €.


PASCAL FULACHER
TOUS RENSEIGNEMENTS SUR
www.fondation louisjou.org

Plume N° 63 Rubrique : Zoom sur...

Des manuscrits contaminés par un champignon

Des manuscrits du fonds patrimonial de la médiathèque Voyelles, située à Charleville-Mézières, ont été contaminés par le champignon mycélium, une moisissure dévastatrice crainte par les conservateurs du patrimoine.La section patrimoniale comprend 4 000 livres, dont 430 manuscrits médiévaux, tous traités en urgence, 200 incunables et 3 000 ouvrages éclectiques datant entre le XVIe et le XIXe siècle. Les ouvrages ont été placés dans un autoclave dans lequel a été injecté un gaz visant à détruire le champignon. Bien que l’on ne connaisse encore le nombre exact de livres infectés, la surface à traiter reste considérable avec plus de 50 mètres cube de documents. Selon la directrice Catherine Borot, des travaux destinés à diminuer le taux d’humidité présent dans les locaux ont été entrepris afin d’exterminer définitivement ce champignon.Ce problème ne semble toutefois pas être récent puisque cette dernière souligne qu’ils devaient parfois se prémunir de masque avant d’entrer en contact avec les documents. Selon elle, la contamination ne serait pas due à la pollution de l’air mais bien à l’humidité. En effet, des doutes avaient été exprimés puisque la médiathèque avait déjà connu en 2011 ce type de désagrément, ayant dû fermer ses portes durant deux mois à cause de la présence d’une molécule cancérigène engendrée par la pollution de l’air. L’affaire reste à suivre. EMELINE RAVELET

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Le swing de Django

Une ancestrale tradition manouche veut que l’on brûle dès que possible les affaires du défunt. Django Reinhardt, guitariste célèbre né en 1910 à l’arrière d’une roulotte, n’a pas échappé à cette coutume. Heureusement sa veuve, « Naguine », a pu conserver certaines de ses affaires et notamment une des précieuses guitares du musicien. Plutôt que de la garder chez elle, elle a eu l’idée judicieuse d’en faire don à la Cité de la Musique qui, partant de cet instrument mythique, a construit tout autour une exposition passionnante.  Retraçant les grandes étapes de la vie musicale, et plus généralement artistique, de Django, l’exposition s’attache à montrer toutes les facettes de ce musicien nomade qui a consacré toute sa vie à la musique. De son enfance itinérante à sa tournée américaine, en passant par son accident ou sa musique sous l’occupation allemande, toutes les périodes de sa vie sont abordées, jusqu’à sa dernière aventure, la découverte du be-bop, genre musical qui a changé sa vie. Au-delà d’un style et d’une technique, c’est l’homme qu’on découvre avec ses doutes, ses déceptions et ses éclairs de génie. Nul besoin d’être un spécialiste de jazz manouche pour apprécier cette exposition, tous les sens sont sollicités par une mise en scène colorée et entraînante. Bien sûr, les aficionados du genre trouveront leur bonheur dans la bande son ou dans les concerts proposés régulièrement dans l’espace dédié. Cette exposition est l’occasion idéale pour quitter Paris et la grisaille hivernale et partir sur les pas de Django Reinhardt, musicien de génie.

Charlotte Meunier Django Reinhardt Swing de Paris
à la Cité de la musique
Jusqu’au 23 janvier 2013.

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Kafka, un procès pour l'Histoire

Le meilleur ami de Franz Kafka a aussi été son plus grand traître. Max Brod avait pour consigne de brûler les manuscrits de son ami à sa mort, alors que la gloire n’était pas encore là. Sans Max Brod, l’œuvre de Kafka ne serait sans doute pas connue. Mais ces manuscrits pour l’éternité, à qui appartiennent-ils ? La justice a été sommée de répondre à cette interrogation kafkaïenne qui dure depuis plusieurs décennies. 

À la mort de Kafka, Max Brod va gérer cet héritage et faire éditer les textes de son ami. En 1939, Brod s’enfuit de Pologne avec sa femme Elsa et des milliers de manuscrits de sa main et de celle de Kafka. Il s’installe alors à Tel-Aviv. Là, Esther Hoffe, une jeune Tchèque juive qui a échappé à l’Holocauste, devient sa secrétaire. Brod envisageait semble-t-il de léguer ses archives à l’université hébraïque de Jérusalem. Mais à sa mort, en 1968, le transfert n’a pas lieu. Le testament de Brod, très discuté, laisse à Esther Hoffe toute latitude pour agir comme elle l’entend.  

Le Procès

Esther Hoffe commence alors à vendre les archives au compte-gouttes. La justice israélienne lui donne une première fois raison en 1974 alors que l’État israélien tentait d’invalider le testament de Max Brod. Dix coffres bancaires, quatre à Zürich et six à Tel-Aviv, conservent ses archives. En 2007, Esther Hoffe transmet son « héritage » à sa fille Eva. La Bibliothèque nationale d’Israël retente alors sa chance devant la justice. 

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Le spectre de l'ange noir des lettres

Le nom de George Gordon Byron, Lord Byron, résonne dans le monde des Lettres comme un coup de tonnerre. Honni, vilipendé, révéré par le mouvement romantique comme un dieu, nul n’a plus défrayé la chronique que l’ange noir de la poésie anglaise. Le plus gros scandale fut sans nul doute la publication en 1816 de ses Stances à Augusta. Augusta Leigh était sa demi-sœur par son père. Il est certain que Byron brûla pour elle d’une passion incandescente qui alla peut-être jusqu’au péché ultime. Le scandale pousse Byron, après un dernier acte bravache, l’édition d’odes à Augusta, à quitter la Grande-Bretagne. L’affaire refait surface de nos jours avec la découverte à Harewood House, une librairie dans le Yorkshire, d’un trésor littéraire et bibliophilique. Une femme de 80 ans vient d’abandonner une collection d’ouvrages qu’elle possédait depuis 40 ans. L’un des livres portait une note manuscrite : « Augusta Leigh, St James’ Palace ». Chacun des livres porte une marque dont un « Henry Francis Leigh from his dear Mamma on his birthday, January 28th 1828 ».

La collection, offerte par un brocanteur à la librairie après que la vieille dame la lui eut donnée, sera vendue aux enchères. Tennyson écrivait sur un rocher, à l’âge de 14 ans, en 1824 : « Byron est mort ». Mais son spectre reste bien présent. 

SEBASTIEN ZAAF  

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